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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 23:14

Le Figaro

« Les salafistes prônent un islam sans concession à l’Occident »

Jean-Marie Guénois

Bernard Godard a été pendant des décennies l’un des conseillers les plus écoutés - parce que l’un des meilleurs connaisseurs de l’islam français - d’une longue série de ministres de l’Intérieur. Il publie la semaine prochaine chez Fayard un remarquable ouvrage de référence : La Question musulmane en France.

LE FIGARO.- Dans votre livre, vous évoquez une rupture importante et récente dans l’islam de France qui explique le succès des salafistes ?

Bernard GODARD.- Le salafisme est en expansion régulière depuis les années 2000 au niveau européen, en France mais aussi au Maghreb. Le mouvement est arrivé ici via les salafistes algériens, mais on voit aujourd’hui un salafisme discret wahhabite s’implanter également dans les Yvelines autour de Mantes-la-Jolie par exemple. C’est le signe d’une rupture et d’une séduction chez les jeunes que l’on pourrait ainsi résumer. Si les années 2000 ont été marquées dans notre pays par l’impact des Frères musulmans, à travers l’UOIF (l’Union des organisations islamiques de France) et Tariq Ramadan, ce phénomène est en train de passer chez les jeunes.

Il y a une petite vingtaine d’années, l’idée était d’aider la jeune génération à s’intégrer en France en tant que citoyens musulmans. Il s’agissait de s’impliquer dans la société, de normaliser leur vie en tant que musulmans français, et non plus comme des immigrés à l’image de leurs parents.

Aujourd’hui, un autre courant dominant souffle surtout chez les jeunes, c’est le courant salafiste. Il s’implante en clamant un islam identitaire qui n’a plus besoin de faire d’effort pour s’intégrer ou pour s’adapter. Un bon salafiste prône donc en France un islam de rupture. Tariq Ramadan, lui, témoignait de façon positive : « Je suis fier d’être musulman, mais je témoigne dans le cadre de la laïcité, j’utilise le droit et je dis que je ne suis pas d’accord. » C’était un discours sophistiqué, alors que les salafistes se présentent avec un discours simple, de rupture. Ils lui répondent : « À quoi bon se casser la tête pour s’adapter, il faut être musulman. » Ils sont pour un islam sans concession à l’occident.

J’ajoute qu’un salafiste récuse toute appartenance à un parti ou à un mouvement comme les Frères musulmans. Pour lui, c’est la pire chose, car un salafiste ne compose pas : c’est l’homme musulman total qui compte. Et son destin est d’aller vivre dans un pays musulman.

C’est quoi, pratiquement, le salafisme ?

Le salafisme dont tout le monde parle sans le connaître est quiétiste. C’est-à-dire qu’il promeut un islam pur et dur, certes, mais non impliqué dans la sphère politique… Le salafiste quiétiste puriste considère qu’il ne peut composer avec l’Occident, ni discuter avec ceux qu’il considère comme des mécréants. Son idéal, s’il n’habite pas en terre d’islam, est même celui du retour, l’hijra, pour habiter dans un pays musulman ! Le salafiste quiétiste s’oppose donc nettement au djihadiste qui lui, place l’engagement et l’action violente au cœur de sa foi.

Ce refus d’implication dans la sphère politique va même jusqu’à provoquer une division au sein des salafistes quiétistes. Certains, les « inclusivistes  » considèrent que l’on peut discuter avec les pouvoirs locaux, ne serait-ce que pour obtenir une mosquée ou construire une école.

D’autres salafistes, les « exclusivistes » récusent ce type de compromis. Ils préfèrent créer leur sphère pour vivre un islam qui ne soit pas contaminé par l’Occident. Quant aux djihadistes, eux sont en dehors de tout cela.

Mais qui inspire la pensée des salafistes ?

Ce terme est devenu générique et désigne beaucoup plus qu’un axe dogmatique précis. Certes le salafisme a toujours existé. Il privilégie une interprétation stricte du Coran et des Hadiths, les écrits sur la vie du Prophète. Mais ceux qui se recommandent aujourd’hui du salafisme ne gardent de l’islam que l’histoire triomphante de ses deux premiers siècles et ils s’inspirent de deux figures marquantes : Ibn Taymiyya qui a vécu au XIIIe siècle et Mohammed Ibn Abdelwahhad au XVIIIe. Ce ne sont pas deux périodes neutres. Au XIIIe siècle, l’islam est envahi de partout. Ibn Taymiyya a une pensée religieuse très approfondie qui a été étudiée par les plus grands orientalistes, mais d’autres ne retiennent de lui que ce qu’il a écrit pour justifier la défense armée de l’islam dans une période où il était sous pression.

Abdelwahhad, pour sa part, développera trois siècles plus tard, la pureté du Coran, le recours à l’État islamique, aux vraies valeurs définies par les textes sacrés, à l’exclusion de tout ce qui s’est produit depuis plus d’un millénaire. Et c’est d’une violence terrible.

Les wahhabites sont aujourd’hui les disciples de Abdelwahhad. C’est leur référent principal. Il prône la destruction des idoles, le combat contre les polythéistes et contre les chiites.

Il faut bien réaliser que le salafisme est le corps doctrinal du régime saoudien et de tout ce qui est enseigné dans les universités de La Mecque. Par exemple, le Saoudien normal est persuadé qu’une femme doit rester chez elle. On continue à décapiter les gens. Il leur est impossible de se délester de ce corpus doctrinal.

Quelle est l’ampleur de l’implantation salafiste en France ?

Il existe une centaine de mosquées d’inspiration salafiste en France. Elles sont connues et surveillées. Mais il faut faire attention, car la plupart des groupes qui partent en Syrie ou ailleurs ne sont pas liés à ces mosquées. Il n’y a pas de liens avérés entre ces mosquées salafisantes et les djihadistes. Tous les radicaux trouvent l’une de leurs inspirations dans le salafisme, mais cela ne veut pas dire que le salafisme est la cause de leur radicalisme.

Pas de lien direct entre les salafistes et les djihadistes !

97 % des salafistes ne sont pas des djihadistes ! Les djihadistes qui passent à l’action sont ceux qui connaissent le moins le dogme salafiste. On s’en est rendu compte en prison : plus les salafistes étudient, moins ils sont dangereux, même si vous avez toujours des exceptions. Le salafisme, pour les djihadistes, est une matrice lointaine, presque accessoire. Ce qui motive celui qui devient un combattant est surtout le sentiment d’oppression contre les musulmans, la victimisation, le complot dont il se nourrit sur Internet jusqu’à décider de passer à l’action et de façon armée pour défendre les musulmans.

Daech prospère toutefois sur le terreau préparé par les salafistes…

Daech exploite cela en conseillant, en plus, de partir vers la terre musulmane, pour faire son hijra mais en vue de combattre. Avec une thématique eschatologique à la clé : c’est la hijra « au Cham », en Syrie, où se réglera la fin des temps et où l’islam triomphera. Il exploite là, mais dans un but guerrier, un thème eschatologique qu’utilisent également les « quiétistes ». Ce registre exerce une forte séduction sur les jeunes et a un impact terrible, car il y a un accomplissement dans ce départ et une reconquête de l’honneur perdu des musulmans que l’on ne trouve pas dans le wahhabisme ordinaire.

Est-il possible, en France, de limiter la progression du salafisme ?

Il y a une conscience très aiguë du côté des responsables musulmans du danger et de la nécessité d’intervenir. Je participe à des réunions de déradicalisation et je m’aperçois qu’il y a, chez les jeunes, un sentiment de victimisation très fort. Et c’est là qu’il faut travailler. « Le Prophète est insulté, pense-t-il, je me sens oppressé. » Le fait d’être identitaire, développe une essentialisation, qui finit par faire penser à celui qui est en prison qu’il est enfermé là à cause de l’islam…

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Published by voxpop - dans La France en résistance

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J'ai plus envie de me croire à Kaboul dans ma ville,

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