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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 08:31
 
 

  
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La fermeture du Val de Grâce  montre une fois de plus le désintérêt total de nos gouvernants pour  notre défenseCet hommage au Val de  Grâce paru dans les lignes de Charlie Hebdo est un coup de chapeau à la  médecine militaire et par delà aux armées si peu habituel dans ce  journal qu'il mérite d'être retransmis. “ 
Médecin général 2S Jacques LEPAGE      
        

  
 
Le  Dormeur du Val

  Article  de Patrick Pelloux dans Charlie Hebdo du 1/7/15 n° 1197

  Rimbaud  a sans doute laissé quelque chose sur le boulevard du Montparnasse,  coincé entre l'hôpital Cochin et des immeubles haussmanniens, entre des  rues parisiennes agitées avec des gens pressés et une caserne de  pompiers. Caché par un camouflage de grands arbres, il y a un grand  hôpital que tout le monde connaît depuis la Révolution : le  Val-de-Grâce. Bien sûr, la boutade va de soi : la médecine militaire est  à la médecine civile ce que la musique militaire est à la musique. Mais  cette blague ne marche ni au pas cadencé ni chez les comiques.  Souvenez-vous des puissants qui venaient du monde entier se faire  soigner au Val-de-Grâce comme s'il était un hôpital ambassadeur de la  qualité de la médecine française. 

Du simple soldat, du marin à  l'aviateur, du militaire retraité et aussi des civils, il pouvait  accueillir tout le monde. Plus d'une  fois, lorsqu'en urgences les hôpitaux civils débordaient, cet hôpital  recevait les malades avec humanité et compétence. Les puissants  s'y sentaient rassurés et les politiques protégeaient cet hôpital, car  ils n'étaient pas certains de finir ministres, mais ils savaient que  probablement un jour ils iraient au Val-de-Grâce. Des attaques  nucléaires aux regards indiscrets ou des violations du secret médical,  la «Grande Muette» savait tout protéger dans cet hôpital. 


  Souvenez-vous  des images des journalistes en cas de drame politique ou d'attentat  devant le Val-de-Grâce, cherchant à meubler le manque d'informations. Le  suicide de Pierre Bérégovoy, l'accident vasculaire cérébral de Chirac,  le malaise de Sarkozy... tout le monde y venait. Où iront-ils désormais  ? Sûrement pas dans la salle d'attente des urgences! 
  
   
A  l'heure où notre pays est entré dans une guerre terroriste sournoise,  effroyable, avec en plus de nombreuses opérations extérieures, fermer le  Val-de-Grâce ne me semble pas une bonne idée. Une fois de plus, les  économies l'emportent sur la réalité et les besoins des soldats, de la  population. Je ne sais pas comment évoluera la guerre, mais les hôpitaux  militaires ferment les uns après les autres depuis des années. La  médecine a besoin de la chirurgie militaire et notamment  traumatologique, viscérale et maxillo-faciale, sans oublier la  compétence en anesthésie des  grands traumatismes, sans écarter la  psychiatrie militaire, qui a apporté beaucoup pour la prise en charge  des psychotraumatismes, ou encore la rééducation des grands traumatisés  cérébraux ou orthopédiques... 

L'autre jour, nous sommes allés transférer  un des derniers malades du Val. Il était dans le coma et dormait. Le  personnel était là, des aides-soignants, des infirmières, des  médecins... Tous compétents et dévoués à leurs tàches comme à leur  hôpital. Ils avaient toutes et tous un sourire triste, de ceux qui ont  fait du bon boulot jusqu'au bout, qui se  souviennent de tous ces  malades sauvés entre ces murs depuis si longtemps, des tristesses  oubliées par le bonheur d'une réussite médicale. Ah, pour sûr que la  réanimation du Val était d'une grande qualité! Sans compter son caisson  hyperbare, nécessaire à des malades ayant des maladies très graves. 

Avec  cette fermeture, il n'y a plus de caisson dans Paris intra-muros et plus  qu'un seul en lle-de-France. Les équipes avaient mis un point d'honneur  à toutes être là pour ce dernier malade, comme une sorte de haie  d'honneur devant les chambres vides et les couloirs. En sortant avec  l'ambulance, cet hôpital ressemblait à ces grands bateaux qui sont au  port et qui ne partiront plus en mer. Un hôpital abandonné à ses  fantômes, alors qu'il manque des lits pour hospitaliser les malades.  Vous allez dire que j'en fais des tonnes pour les militaires dans un  journal qui est par son histoire, antimilitariste...
Mais il y avait à  Paris un hôpital militaire qui faisait de la grande médecine pour tous  et qui vient de fermer dans le silence, comme un soldat tué au combat de  la bataille économique.
 
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