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7 juillet 2018 6 07 /07 /juillet /2018 16:05

REPORTAGE - Chaque jour dans la montagne, sur les routes et dans les trains, ils sont des centaines à tenter l'impossible pour traverser la frontière entre l'Italie et la France malgré les contrôles et les barrages.

Dans la lumière jaune des réverbères, une silhouette se dessine, furtive, sous le porche étroit qui conduit sur la place de ce petit village de montagne italien, à quelques centaines de mètres du territoire français. Puis tout un groupe avance en silence, allongeant le pas. A la terrasse du bar, les clients qui profitent de la fraîcheur de la nuit regardent passer sans surprise ces migrants qui tentent de rejoindre clandestinement la France.

Hier c'étaient des Soudanais. Ce soir, ce sont des Erythréens. Une dizaine d'hommes et de femmes, jeunes ou très jeunes pour la plupart. Ils ont jusqu'au lever du jour pour essayer de déjouer les check-points et les patrouilles de la gendarmerie mobile et des militaires déployés dans le cadre de l'opération Sentinelle, qui tentent de les empêcher de passer la frontière. Un jeu du chat et de la souris qui dure depuis des années.

«Ici, toutes les routes mènent en France»

Certains baragouinent quelques mots d'italien. Tous parlent assez bien anglais. Autour de la fontaine où ils se reposent quelques instants, ils consultent leurs téléphones portables pour regarder le logiciel Google Earth, sur lequel s'affiche l'image satellite de la région. Une mine d'informations qui les renseigne au centimètre près, bien mieux qu'une carte IGN, sur la topographie du département des Alpes-Maritimes et les sentiers de randonnée qui serpentent dans la montagne en direction de l'Hexagone. Encore quelques instants et ils auront disparu dans l'obscurité, quelque part dans les vallées de la Roya, de la Bévéra, les cols de Brouis, de Castillon ou au-dessus de Menton, par le Gramondo et Castellar. Combien seront interceptés?

«Ici, toutes les routes mènent en France, plaisante le patron du bar. Au XVIIIe et au XIXe siècle, c'étaient les contrebandiers de sel et de tabac qui passaient, puis au XXe siècle ceux qui fuyaient la misère ou la répression politique en Italie. Maintenant ce sont ceux qui quittent l'Afrique, l'Afghanistan ou la Syrie qui empruntent les mêmes chemins. Le monde est devenu fou.»

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Aidés par des passeurs, des dizaines de migrants arrivent à entrer en France.
Aidés par des passeurs, des dizaines de migrants arrivent à entrer en France. - Crédits photo : @ Jean-Pierre Rey

«Le scénario est bien rodé, explique un humanitaire de Vintimille. De nombreux migrants arrivés en Italie, via la Méditerranée, se font conduire par des passeurs en voiture ou en minibus jusqu'aux villages frontaliers, autour d'Olivetta San Michele, dans la province d'Imperia, contre une somme qui peut atteindre jusqu'à 300 euros par personne. Puis ils sont lâchés dans la nature. D'autres, plus rarement, tentent leurs chances en solo. La plupart ont un point de chute quelque part en France: un autre passeur, de la famille, un ami, une connaissance ou un réseau associatif, officiel ou clandestin, qui les prend en charge, les héberge et s'occupe ensuite de leur situation juridique. Mais beaucoup ne veulent pas rester en France et rêvent d'aller en Angleterre, en Allemagne ou en Scandinavie. Dans les faits, nombreux sont ceux qui se retrouveront encore dans une nouvelle impasse à Calais. Il est impossible de savoir combien réussissent chaque jour à passer la frontière. Sans doute plusieurs dizaines, même si c'est actuellement de plus en plus difficile.»

À la frontière, les contrôles sont permanents

Sur les deux points de passages routiers entre Menton et Vintimille, CRS et fonctionnaires de la police aux frontières (PAF) font face aux Alpini, les chasseurs alpins, et à la police d'Etat italienne. La même scène se répète entre les gares des deux villes. Véhicules et trains sont minutieusement inspectés et lorsque des migrants enregistrés en Italie sont interpellés en France, ils sont systématiquement reconduits à la frontière italienne où la police les renvoie d'où ils viennent, à pied ou en bus. Direction Vintimille si leurs papiers sont en règle ou dans des camps plus loin en Italie s'ils en sont dépourvus. Du matin au soir, des groupes de migrants arrêtés à la frontière française défilent sur la route. «Et c'est comme cela tous les jours, explique Delia, la propriétaire du bar Hobbit, l'une des rares commerçantes de Vintimille à accueillir des migrants pour qu'ils puissent recharger leurs portables et se restaurer à moindres frais. Parfois, je vois arriver le matin ceux qui ont été refoulés la veille. C'est le tonneau des Danaïdes. La situation sanitaire ne cesse de s'aggraver, et les habitants de la ville n'en peuvent plus. Mais que pouvons-nous faire de plus ?»

À Menton, ceux qui tentent de passer par le train pour rejoindre la France sont arrêtés et reconduits en Italie.
À Menton, ceux qui tentent de passer par le train pour rejoindre la France sont arrêtés et reconduits en Italie. - Crédits photo : @ Jean-Pierre Rey

Contrainte par le traité de Dublin, qui établit que le demandeur d'asile doit être pris en charge par l'Etat dans lequel il est entré dans l'Union européenne, l'Italie, qui reçoit l'écrasante majorité des migrants secourus au large de la Libye, a décidé, pour l'instant, de fermer ses ports aux navires des ONG pour l'accueil des étrangers et le ravitaillement en vivres et en carburant. Mais à charge pour elle d'aménager des camps et des centres d'accueil et de récupérer ceux qui sont déjà enregistrés comme demandeurs d'asile sur son territoire et qui ont été arrêtés comme clandestins dans les pays voisins.

» LIRE AUSSI - Migrants: «les ports italiens seront fermés tout l'été» aux ONG, annonce Matteo Salvini

«Tant que l'on n'a pas statué officiellement sur son sort, un étranger non communautaire ne peut pas quitter le pays dans lequel il a fait sa demande d'asile, précise un humanitaire de l'association italienne Caritas, qui distribue quotidiennement des centaines de repas à ceux qui errent dans Vintimille, entre les berges de la Roya et le pont autoroutier. Le problème, c'est que personne au départ ne leur explique qu'ils vont se retrouver dans une nasse. En Italie, cela peut prendre plusieurs années avant qu'une situation administrative ne se débloque. Or ceux qui veulent rester ici ne sont qu'une infime minorité. Pour eux, être là revient à vivre dans une prison à ciel ouvert. Et finalement, ce sont les passeurs, les mafias et les trafiquants de chair humaine qui s'enrichissent.»

Entre Vintimille et Menton la frontière est sous surveillance.
Entre Vintimille et Menton la frontière est sous surveillance. - Crédits photo : @ Jean-Pierre Rey

La situation est la même dans le camp de la Croix-Rouge italienne Campo Roya qui voit défiler dans ses baraquements plus de 13 000 personnes par an. «Ici nous gérons l'urgence pour environ 500 personnes actuellement, déplore Isan, l'un des responsables. Nous ne pouvons que les aider moralement, les enregistrer administrativement, leur offrir des soins médicaux, les nourrir et les habiller. Personne n'a vocation à rester longtemps dans ces lieux, surtout les familles et les mineurs. Mais en l'absence de régulation et d'accord ou non du droit d'asile, la situation est très compliquée.» En attendant, de l'autre côté de la Méditerranée, des milliers de candidats à l'exil, otages des passeurs qui se servent souvent des ONG pour forcer la main des Etats de l'Union européenne, rêvent encore et toujours de l'Eldorado. Un monde imaginaire qui ne sait pas quoi faire d'eux.

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J'ai plus envie de me croire à Kaboul dans ma ville,

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J'ai plus envie de relativiser. >>>>