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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 16:12

La terre de mon enfance.

 

A Zéralda, village Français d'Algérie,

Les maisons coloniales avaient été bâties,

Selon les plans de l'Armée dans un but bien précis,

Servir de logis et de rempart à une population établie,

Colmater une brèche dans une défense dégarnie,

Dans un endroit judicieusement choisi,

En lieu et place d'une jungle de doum* et de diss,*

Mal choisi pour la vie, l'amour et la terre,

Bien choisi pour stopper la fougue d'Abdelkader,

Un endroit de nulle part qui n'existait pas,

Empoisonné de marécages et de malaria,

Mais près d'une plage gigantesque faite d'or,

Où soleil, dunes et lumières servaient de décor,

Un lieu où paradis et enfer se faisaient face,

Habités de hyènes, de lions et de panthères voraces.

 

Un siècle plus tard à Zéralda,

Une fois le défrichage terminé,

Les fauves écartés et les graines semées,

De la colline de l'église jusqu'aux jardins du bas,

La vie s'écoulait douce et heureuse,

Pour les descendants des années malheureuses,

Fils et filles de ceux qui avaient trimé,

A défricher, à semer, à planter,

Trimé pour bâtir église et école,

Trimé pour enrichir jardins et sols,

Trimé pour bâtir mairie et habitations,

Trimé pour irriguer champs et plantations,

Trimé pour bâtir un cimetière,

Le plus facile tant il y avait de pierres,

Un dispensaire pour la santé,

Tant il y avait de bancals et de rafistolés,

Pour soigner les fièvres et les empoisonnés,

Et rendre honneur aux décédés,

Trimé pour vivre, travailler et s'aimer

Du moins pour tous ceux qui vivaient encore,

Dans le maigre espoir d'améliorer leur sort.

 

 

A Zéralda la nouvelle,

La vie était douce et belle,

La terre et la mer se rejoignaient à la plage,

Le sable doré y étendait ses mamelles,

Dru, blanc comme un fleuve torrentiel,

Les corps brûlés s'entassaient sans outrage,,

Le ciel cristallin vaquait d'un horizon à l'autre,

Plus bleu plus fort parce qu'il était notre,

Dans la mer étale du Chenoua à Sidi-Ferrüch

La terre éblouissante se reflétait sans mesure.

 

A Zéralda nous n'allions pas à la mer,

Nous descendions à la plage,

Subtile nuance qui fit de tous les Zéraldéens,

Des êtres à part pleins d'humour et pleins d'entrain,

Héros de guerre, sportifs et agriculteurs,

Français de souche ou Français de cœur,

Nul besoin avions nous de nous montrer amer,

A devoir parcourir à pied les quelques ares,

Qui séparaient le village de la mer,

En traversant vignobles et dunes ondulatoires.

A Zéralda la belle,

La vie était douce et belle,

A courir le dimanche derrière un ballon,

Après la messe, la prière et la communion,

Ou aller faire danser les filles à Sidi-Ferrüch,

Là où la terre se reflète sans mesure,

Où encore se promener dans la forêt des Planteurs,

Loin des cris de la ville et de ses odeurs,

A cueillir les cyclamens dès l'automne,

Les champignons dès les pluies de novembre,

Écouter un concert donné par la philharmonie,

Sur la place du village au centre de la colonie,

Boire un verre chez Roland au bar des sports,

Histoire de se donner du courage et du ressort,

Ou simplement l'été se donner des ailes,

A bourlinguer sur la plage et ses mamelles.

 

A Zéralda l'authentique,

Afin de rappeler à tous les sceptiques,

Les champs de tomates se constellaient de rouge,

A rendre jaloux les pâturages et les coquelicots,

Le chasselas se dégustait à même les coteaux,

Oubliant proprios et gardes alentours,

Et pour embellir champs d'ouvrage et collines,

S'élevaient à côté salades et artichauts,

Pommes de terre, petits pois et haricots,

La nature offrant arbouses, framboises et myrtilles.

 

A Zéralda l'héroïque,

Femmes et hommes se sont couverts de mérite,

Les héros ne manquaient pas de tripes,

A servir dans l'Armée d'Afrique,

A fouler en armes le sol de la patrie,

De Casablanca à la botte d'Italie,

De Rome et de Sienne aux plaines de Lombardie,

De Napoli à Ramatuelle,

En Provence en se battant dans chaque ruelle,

A Marseille au pied de la Bonne Mère,

Pour mourir parfois sans revoir sa parentèle.

 

A Zéralda la romantique,

Aucun besoin de discours philosophique,

A rechercher et à trouver amour et félicité,

Bien des couples se sont aimés et formés,

Dans la diversité des familles et des amitiés,

Dans les secrets profonds d'un vrai creuset,

Qui a su vivre et se renouveler sans cesse,

Dans l'amour d'une progéniture prolifique,

Pleine de santé et de beauté magnifiques,

Avant de s’exiler trahie par une politique traîtresse.

A Zéralda dans sa terre immortelle,

Nous avons confié le sort de nos parents et ancêtres

Qui avaient tant aimé la France éternelle,

Pour nos frères nos sœurs et leur bien-être,

Dignement, honnêtement et sans trêve,

A qui nous pensons à chacune de nos prières,

Ils reposent depuis dans le petit carré abandonné,

Où tarissent souvenirs, herbes sèches et grands cyprès,

 

Adieu Zéralda,

Tes filles et tes fils ne t'oublieront pas,

Tu étais belle et gaie dans tes jardins,

Tes fleurs du soir tes bouquets du matin,

Pour nous et beaucoup de Pieds-noirs,

Tu garderas la fraîcheur d'une jeune mariée,

Fraîche comme les bains du soir,

Jolie comme les roses de l'année,

Chaleureuse comme une journée d'été,

Accueillante pour tous les étrangers,

Les Espagnols, les Italiens et les Français,

Que tu as fait travailler et vivre dans ton creuset,

Nous t'avons quitté dans un flot de tristesse,

Mais nous continuerons à t'aimer,

Sans trêve et sans faiblesse,

Jusqu'au dernier jour de nos vies d'expatriés.

 

José Yvars

 

 

* Doum : Palmier nain

** Diss : Sparte

 

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