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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 19:16

 

 

 

 

 

      

Le Point.fr - Publié le 22/07/2014 à 06:36 - Modifié le 22/07/2014 à 12:16

Arnaud Montebourg veut assouplir les professions réglementées. Pourquoi pas ? Mais si l'on veut faire des économies, il y a bien mieux à faire.

 

Ce n'est pas forcément une mauvaise idée que de vouloir réformer les "professions réglementées" du privé, mais c'en est une de les montrer d'un doigt accusateur. Voilà maintenant qu'Arnaud Montebourg, endossant le costume de Fouquier-Tinville, se met à stigmatiser leurs "rentes et monopoles" en faisant passer les notaires, pharmaciens, avocats ou greffiers pour des usuriers honteux ou des profiteurs invétérés, comme de vulgaires trésoriers-payeurs généraux ou conservateurs des hypothèques. Le ministre de l'Économie, qui s'y connaît en effets de manche et qui a besoin en permanence de lever l'étendard comme Bonaparte au pont d'Arcole, se trompe de cheval une nouvelle fois.

Tout d'abord, dans ces professions réglementées, il n'y a pas de rentiers. On y travaille beaucoup plus que 35 heures par semaine. Quant à être des monopoles, lorsque c'est le cas - pour les pharmaciens ou les experts-comptables -, cela est exclusivement dû à des délégations de l'État. La plupart du temps les tarifs qui y sont pratiqués sont contrôlés par l'État, qui en profite au passage pour récupérer de nombreuses taxes. Les notaires en matière immobilière travaillent plus pour l'administration fiscale que pour eux-mêmes.

Il est vrai que ce serait plus simple et sans doute moins cher d'acheter son Doliprane en grande surface qu'en pharmacie, de mettre fin au monopole encombrant et néfaste des écoles de conduite et des taxis, ou d'éviter le racket des ambulanciers subventionnés par la Sécurité sociale. Mais de là à prendre de grands airs parce qu'un greffier de tribunal de commerce gagnerait en moyenne, paraît-il, "plus de 10 000 euros net par mois" et un huissier "plus de 6 000 euros", il y a de la marge. On sait ce qu'il en est des "rapports" de Bercy, ce château prétentieux où l'on trouve presque autant de politiciens frustrés et de démagogues pervers que de techniciens sérieux.

Un monstrueux boulet

Tant qu'à vouloir réformer les rentes et les monopoles, autant s'attaquer d'abord aux fonctionnaires. Comme on dit dans le privé, on trouvera facilement chez eux un grand nombre de "centres de profit". Le ministre de l'Économie, dans sa "bataille des modernes contre les anciens", y gagnerait plus sûrement des titres de gloire s'il veut entrer dans les livres d'Histoire comme le grand réformateur du monstrueux boulet que représente aujourd'hui pour la France son administration, assistée des syndicats momifiés qui la défendent. Le secrétaire d'État "à la réforme de l'État" (sic), Thierry Mandon, embrayant derrière le ministre, n'a pas hésité à déclarer que ces professions réglementées du privé "doivent comprendre qu'au moment où toute la nation fait des efforts, elles peuvent aussi en faire un peu".

Toute la nation, vraiment ? Y compris les fonctionnaires ? Est-ce bien sérieux ?

L'Inspection générale des finances estime dans son rapport qu'un certain nombre de mesures adaptées à ces professions pourraient aboutir à une baisse de leurs tarifs de 10 à 20 %. On devrait pouvoir procéder de la même façon en baissant les salaires des fonctionnaires de 10 à 20 %, à commencer par ceux de l'Inspection des finances. Pourquoi pas ? C'est ce qui a été fait en Grèce pour éviter le désastre annoncé. Et c'est certainement ce qu'il faudra faire un jour en France, quand le pays sera vraiment au bord du gouffre.

Les nantis du Quai d'Orsay et de Bercy

Autant commencer tout de suite ! On pourrait déjà baisser les très hauts salaires des directeurs qui relèvent de la catégorie A+, lesquels gagnent plus que les greffiers ou les huissiers, et certains d'entre eux plus que les ministres. Ainsi des anciens trésoriers-payeurs généraux, qui ont changé de nom et de statut depuis 2009 mais qui, devenus "directeurs de services fiscaux départementaux", continuent de gagner entre 15 000 et 20 000 euros par mois dans l'opacité la plus totale. Ou des anciens conservateurs des hypothèques - ils étaient 354 en 2008 -, qui ont également changé de nom et de statut depuis le 1erjanvier 2013 à la suite d'une ordonnance de 2010, mais qui continuent de profiter de revenus exorbitants, 115 000 euros par an en moyenne pouvant aller jusqu'à un maximum de 245 000 euros, sans compter les primes, toujours généreuses à Bercy pour ceux qui tiennent les cordons de la bourse. Ce "service des conservations" à lui seul représentait en 2010 un budget de 350 millions d'euros pour un effectif de 4 000 fonctionnaires.

Le 5 septembre 2012, un coup de tonnerre éclate après la décision du nouveau président Hollande de diminuer son salaire de 30 %, le ramenant ainsi de 21 000 à 15 000 euros brut par mois. On apprend grâce à une enquête à Matignon du magazine Challenges qu'ils sont maintenant 656 hauts fonctionnaires à gagner plus que le président, les gros bataillons étant aux Affaires étrangères (385) et à Bercy (193). Ainsi, l'ambassadeur à Kaboul est payé 32 000 euros par mois, alors que celui du Togo - un miséreux, sans doute - ne reçoit que 10 000 euros.

Autre repaire de nantis : Bercy donc, où l'on ne s'applique jamais à soi-même les mesures d'économie qu'on veut imposer au privé. Les responsables des grandes directions des ministères financiers vont jusqu'à 17 000 euros mensuels, sans compter les primes et certains avantages en nature non fiscalisés, appartement et voiture de fonction par exemple. Le champion toutes catégories confondues est le directeur de la Banque publique d'investissement, Nicolas Dufourcq, qui en est lui à 37 500 euros mensuels.

6 milliards d'économies

L'expert et député de gauche René Dosière estime de son côté que plus de 2 000 fonctionnaires ont des revenus supérieurs à ceux des ministres, c'est-à-dire supérieurs à 120 000 euros par an. Quant à la ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, elle promet le 17 avril dernier dans une déclaration à RMC "d'appeler à un geste de solidarité ceux qui gagnent plus qu'un ministre". Il est même question d'une "cotisation spécifique" qui leur serait appliquée. Depuis ce jour, plus rien, plus de nouvelles. Lebranchu s'est, semble-t-il, débranchée du dossier...

Le pire de tout : ce dimanche 20 juillet, le Journal du dimanche révèle que dans une "note confidentielle" provenant du ministère de cette même Lebranchu, on estime à 6 milliards d'euros les économies qui pourraient être réalisées en cinq ans si l'on "stabilisait" tout simplement les effectifs de la fonction publique territoriale (1,9 million d'agents). Six milliards d'euros, c'est-à-dire, pile poil, la somme qu'Arnaud Montebourg cherche à récupérer sur le dos des professions réglementées du privé qu'il a montrées du doigt l'autre jour. Étant donné les circonstances, il ne peut s'agir que d'une étonnante coïncidence, mais pour une fois profitons-en ! Et si, donc, plutôt que d'aller chercher noise au privé, on travaillait en même temps sur les plus hauts salaires des fonctionnaires et sur le gel des recrutements dans la territoriale ?

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Published by voxpop - dans La France en résistance

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J'ai plus envie de me croire à Kaboul dans ma ville,

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