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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 08:51

  • 21 mars 2012
  • Le Figaro
  • Jean d’ormesson de l’académie française
L’écrivain analyse le renversement de popularité, au fil de la campagne électorale, entre le président challenger Nicolas Sarkozy et le candidat socialiste François Hollande.

Les Français allaient voter pour Hollande et contre Sarkozy. Mais, en même temps, ils préféraient de très loin voir et écouter Sarkozy plutôt que Hollande. Sarkozy les intéressait

Entre le peuple français et Nicolas Sarkozy, c’est une drôle d’histoire de rejet et de fascination. Avec son nom d’immigré, son ascendance hongroise et un peu de sang juif, Sarkozy tombe comme un météore dans une Ve République qui a été gaulliste et qui a été socialiste. Incarnation de la jeunesse, de l’ambition impétueuse et de la modernité, bousculant adversaires et partisans avec un culot d’enfer, menant tambour battant sa carrière et ses campagnes, il est un mélange de fils de famille, de titi parisien et de quelque chose comme une ombre de Bonaparte.

Bonaparte a des éclipses. De temps en temps, le fils de famille se laisse aller et heurte les consciences de gauche –et parfois de droite; de temps en temps, le titi parisien perce sous le chef de l’état et heurte les sentiments conservateurs de droite– et parfois de gauche. Il lui arrive de se tromper. Ses premières années au pouvoir suprême sont globalement ratées, sa popularité s’effrite et se renverse brutalement en impopularité, les attaques contre sa personne deviennent un sport national. On l’accuse d’aimer les riches et de se moquer des pauvres, des chômeurs, des étrangers. Il a contre lui les intellectuels, les enseignants, les syndicats, quelques associations, la majeure partie des médias, Saint-germain-des-prés, les dîners parisiens et les humoristes. Ça fait pas mal de monde.

La campagne présidentielle s’ouvre pour lui sous les auspices les plus désastreux. La droite ne l’aime plus beaucoup et la gauche le déteste. La gauche -et une bonne partie de la droite- a trouvé son héros, couronné de fleurs sans la moindre réserve: Dominique Strauss-kahn. Tout le monde est pour Strauss-kahn. D’abord parce qu’il va chasser Sarkozy que personne ne peut plus voir, ensuite parce qu’il est intelligent, séduisant, très aimable, bien sous tout rapport et formidablement à la mode. La droite est pour StraussKahn parce qu’il est économiste, influent, patron du FMI. La gauche est pour Strauss-kahn parce qu’il est de gauche. Un abîme de sondages sépare Dominique de Nicolas. L’un est au-dessus de 60%, l’autre est autour et plutôt au-dessous de 25%. Un an avant la présidentielle, l’affaire, comme on dit, est pliée.

Àl’automne 2011, au terme de primaires très brillantes qui plongent la majorité dans une morosité accablante, François Hollande, par défaut, se substitue à Strauss-kahn. Il est, lui aussi –peut-être un peu moins, mais enfin lui aussi -, intelligent et aimable. Il est même, comment dire? Plus sûr moralement que Dominique. Il se maintient en tout cas longtemps au niveau très élevé où se situait StraussKahn. De méchantes langues de son propre camp répètent que la personne du candidat n’a pas la moindre importance et que le premier venu, un mulet, une chaise -nous l’avons tous lu et entendu- réussirait à se faire élire contre le Sarkozy si détesté. Et entre Hollande et Sarkozy, les sondages s’obstinent à mettre 20 points d’écart. Le retard du président-challenger sur le candidat socialiste est irrattrapable. La seule question qui se pose est de savoir si Nicolas Sarkozy figurera au second tour ou s’il sera éliminé dès le premier par Marine Le Pen.

Le doute n’est pas venu des sondages qui bougeaient assez peu. Il est venu des audiences qui étaient foudroyantes. Il suffisait au réprouvé de passer à la radio ou à la télévision pour faire exploser les compteurs. Les Français n’aimaient pas Sarkozy, mais Sarkozy les fascinait. Les romans commencent souvent comme ça. Et l’élection présidentielle au suffrage universel direct n’est peut-être rien d’autre qu’une sorte de grand roman populaire, sentimental et politique, aux dimensions gigantesques, où se croisent et s’affrontent des destins.

Leschiffres sont très clairs. Les Français étaient pour Hollande contre Sarkozy. Ils allaient voter pour Hollande et contre Sarkozy. Mais, en même temps, ils préféraient de très loin voir et écouter Sarkozy plutôt que Hollande. Sarkozy les intéressait. Peutêtre même, dans le drame que vit le monde, Sarkozy les amusait. Drôle et amusant dans le privé, Hollande ne les intéressait pas beaucoup et ne les amusait pas du tout. Les journaux, les imitateurs, les conversations avaient besoin de Sarkozy beaucoup plus que d’hollande. On finissait par se demander de quoi s’occuperait la presse après la défaite et la disparition du président. Ne parlons même pas des dirigeants étrangers -y compris ceux de la Chine communiste- qui n’avaient d’yeux que pour Sarkozy et qui infligeaient sarcasmes et camouflets à Hollande et à ses malheureux émissaires. Alors, que voulezvous? Toute une foule d’indécis, d’abstentionnistes, de gens de droite déçus, peut-être d’esprit de gauche déçus à leur tour par l’éternelle et unique ritournelle «Tout sauf Sarkozy!» agitée à la façon d’un grigri pour benêts sous le nez des gogos se sont mis à réfléchir.

Ce n’est pas la peine de traîner. Tâchons d’aller un peu vite. Au bout de quatre années d’insultes et d’injures qui présentaient le chef de l’état comme un escroc, un traître, un fasciste, dont le bilan n’était qu’un « fiasco », les Français se sont demandé si ce qu’on leur répétait à longueur de temps était la vérité.

Était-il vrai que le chômage frappe les Français plus cruellement que les autres Européens? Était-il vrai que les Français ont perdu plus de pouvoir d’achat que leurs voisins ? Était-il vrai que les libertés et le pluralisme étaient étouffés depuis cinq ans? N’avait-on pas le droit de soutenir que Sarkozy avait, à plusieurs reprises, sauvé l’euro et l’europe? Et les gouvernements de la Grèce et de l’espagne qui ont connu des difficultés dramatiques sans commune mesure avec celles de la France n’étaient-ils pas socialistes ?

Un doute rongeur fait son chemin. À quelques jours de la fin de l’hiver, l’image de François Hollande, dont le bilan ne peut pas être attaqué puisqu’il n’existe pas, s’effrite peu à peu. Il lutte encore avec une sorte de désespoir en promettant tout à tout-va et à tout le monde. Mais comment voulez-vous qu’on y croie? Tout à coup, l’avenir du candidat socialiste se révèle assez sombre et on se prend à éprouver à son égard plutôt un peu de pitié que de l’hostilité. Le pire, pour les Français sans doute, mais surtout pour lui-même, serait d’être élu. La cohérence dont il se réclame serait mise à dure épreuve par ses alliés Mélenchon et Joly dont les voix lui sont indispensables pour gagner mais qui, non contents de se détester entre eux, lui sont, l’un et l’autre, radicalement hostiles. Heureusement pour tout le monde, la perspective d’un succès commence lentement à s’éloigner. À la consternation sans doute de ses amis –mais aussi à leur secrète satisfaction. Car ce n’est pas de ses adversaires que François Hollande a le plus à craindre, mais de son propre camp. Non seulement JeanLuc Mélenchon, son ennemi déclaré, mais Martine Aubry, Laurent Fabius, Jack Lang, Dominique Strauss-kahn qui mettait encore en doute, il y a quelques jours, son «courage politique », n’ont jamais cessé, dans leur for intérieur et même en le soutenant, de le moquer, de se méfier de lui et parfois de le mépriser. Et de s’imaginer, à tort, qu’ils auraient fait mieux que lui.

En face de ce trouble, de ces contradictions et de ce gâchis, une force, une énergie, un élan. Loin des slogans tout faits et des incantations, personne n’est plus capable que Nicolas Sarkozy de reconnaître ses erreurs et de les corriger. Et personne n’est plus capable d’infléchir le destin. Il est l’homme des défaites annoncées transformées soudain en victoires.

Oh! rien n’est encore joué. Mais le doute a changé de camp. Le combat a changé d’âme. Vous entendez déjà une musique différente, des commentaires moins tranchés. Le moment n’est peut-être plus très loin où les murailles élevées par la détestation contre la fascination de l’action et de la supériorité vont finir par tomber.

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Published by voxpop - dans Politique

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