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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:16

 

15 déc. 2012

Le Figaro

NATACHA POLONY


Ce droit de vote serait un curieux message pour tous nos concitoyens, et notamment ceux qui ont choisi de devenir français par la naturalisation

On croyait le droit de vote des étrangers une fois de plus discrètement enterré par un pouvoir de gauche qui l’avait pourtant solennellement promis à son électorat. Et voici que les députés socialistes signent un appel au chef de l’État pour qu’il mette en oeuvre cette réforme à haut risque politique. Et le premier secrétaire du Parti socialiste s’adresse aux parlementaires pour les convaincre de s’engager dans ce combat. Les arguments? Comment peut-on accepter qu’un retraité anglais installé depuis deux ans ait le droit de voter aux élections municipales et pas le maçon algérien installé depuis quinze ans ? Le droit de vote serait un signe formidable en faveur de l’intégration.

Essayons d’examiner sans hystérie ces arguments. Et la précision est essentielle tant, sur ce débat comme sur celui du mariage homosexuel, on ne peut être que « farouchement pour » ou «farouchement contre». La nuance est inaudible. Tentons-la pourtant.

Quand François Mitterrand a inscrit en 1981 le droit de vote pour les étrangers aux élections locales dans ses 110 propositions, la France découvrait une immigration familiale qui tout à coup se substituait à l’afflux de travailleurs destinés à rentrer un jour au pays.Mais des décennies de discours sur le droit à la différence n’avaient pas encore interdit de prononcer le mot intégration. À vrai dire, même l’assimilation pouvait encore se concevoir. À cette époque, même si la proposition était contestable sur le plan des principes, en ce qu’elle porte atteinte à l’idée même de citoyenneté, elle n’était pas forcément dangereuse politiquement.

Mais, trente ans plus tard, le contexte est radicalement différent. Une immigration de masse a été confinée dans des banlieues ghettos des années durant, sans qu’aucun travail n’ait été fait pour intégrer ces populations, c’est-àdire leur donner l’envie d’adopter les modes de vie et les valeurs qui caractérisent notre pays. Pour le dire crûment, les discours différentialistes et les politiques qui en découlaient ont tué chez nombre d’immigrants la volonté d’intégration.

Quel message enverrions-nous aux populations qui veulent venir en France si nous accordions le droit de vote aux étrangers résidant depuis cinq ans sur notre sol ?Malheureusement pas un message propre à les inciter à faire un pas de plus vers nous. Mais au contraire, cela renforcerait la tendance d’une partie, même minoritaire, de ces populations, à estimer que l’on peut venir sur le sol français sans en accepter les corollaires : une certaine vision de l’individu, de son rapport aux autres, et de l’égalité entre tous. Ne soyons pas naïfs, à une époque où la logique communautaire l’emporte peu à peu sur l’émancipation individuelle, quelle formidable tentation pour certains de faire exister des solidarités autres que nationale.

Mais surtout, ce serait un curieux message pour tous nos concitoyens, et notamment ceux qui ont choisi de devenir français par la naturalisation. La citoyenneté est ce qui défini notre participation à la chose commune, la République. C’est cette citoyenneté qui nous fait égaux en droits. Et qui doit nous conduire à nous mêler de la vie de la cité, à nous sentir responsables de son devenir. Mais le retraité anglais, répondent les députés socialistes ? Ceux-là ne devraient pas employer un tel argument, qui ne cessent de nous chanter une supposée citoyenneté européenne. Au nom de l’Europe, pourtant, un ressortissant d’un des pays de la communauté ne saurait être sur le même plan qu’un immigré d’une autre partie du monde. Que cela soit une chimère est une autre affaire. C’est une chimère qui régit notre droit.

 

On a voulu croire pendant des années qu’il suffisait à des étrangers d’être sur notre sol pour partager notre vision du monde. Et ce alors même qu’on développait parallèlement un discours multiculturaliste qui niait la nécessité même de ce partage. Certains hurlent même à la discrimination quand les pouvoirs publics (même sous un ministre de gauche) demandent que la maîtrise de la langue française soit un critère d’attribution de la nationalité. En fait, ce qu’ils ne supportent pas, c’est l’idée même de Nation, l’idée d’une communauté humaine qui se choisit un destin collectif et qui repose – dans le cas de la France et du peuple-nation – sur l’adhésion à un idéal politique sur un territoire géographique et culturel. Mais à nier les limites et les différences, ils consacrent des frontières qui elles sont dangereuses, celles qui enferment l’homme dans une communauté supposée, du seul fait de sa naissance.

 

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Published by voxpop - dans La France en résistance

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