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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 09:12
  • 22 févr. 2013
  • Le Figaro
  • Chantal Delsol pour «Le Figaro»
 

Après la provocation des militantes de Femen à Notre-Dame, la philosophe rappelle la place du christianisme dans notre culture.

Chaque fois qu’on a tenté d’éradiquer le passé, le résultat n’a pas été une nouvelle culture, sortie du néant et débarrassée des scories précédentes, mais la sauvagerie nue. Le collectif Femen semble ainsi avoir décidé de retourner vivre dans les arbres

Tout un courant exige que les symboles religieux disparaissent de la vue du citoyen. On ne sait si ce courant est majoritaire – comment compter ? –, mais en tout cas il est très largement majoritaire dans les médias et c’est donc bien lui qui de plus en plus étale ses certitudes, légitime ses partisans, injurie ses adversaires, et ainsi organise un vaste matraquage à l’usage des jeunes générations.

Autrement dit, on nous rappelle à grands cris que la chrétienté n’existe plus. Il ne s’agit pas de passer par pertes et profits le christianisme (religion devenue minoritaire et cependant bien vivace), mais la chrétienté, à savoir une société dans laquelle le christianisme inspire la culture commune ; dans laquelle la morale générale est d’obédience chrétienne, les lois répondent aux principes chrétiens, et où la politique, l’économie, les moeurs, sont influencés par la tradition testamentaire.

La chrétienté, qui représente une civilisation, pas moins, a enraciné son influence et déployé ses branches dans tous les domaines de la vie. Notre culture a grandi au sein du christianisme, de telle façon qu’il serait bien difficile de les séparer. Éradiquer la chrétienté, ce serait tuer la culture même qu’elle a façonnée, comme si on voulait éradiquer entièrement chez un individu la francité ou la germanité – on en ferait un zombie. Ainsi s’attaque-t-on aux symboles qu’on croit les plus forts… laissant entendre par mille subterfuges (et nos étudiants le croient) que le christianisme a marouflé sur la culture occidentale toutes sortes de coutumes superficielles qu’il suffirait d’éliminer pour qu’enfin nous sortions de l’obscurantisme, de l’intolérance et du machisme. Mais qu’est-ce que la culture occidentale, sinon ce que le christianisme en a fait ? Ce qu’on appelle la chrétienté se caractérise par un certain nombre de principes – ou comme on dit, de valeurs, d’obédience chrétienne, qui ont été largement adoptées et qui demeurent légitimées et plébiscitées par les non-croyants et les athées. C’est la chrétienté, autrement dit le christianisme prolongé par les Lumières, qui a inventé la dignité humaine inaliénable comme source des droits de l’homme et de la démocratie moderne, la tolérance, la liberté d’entreprendre, le mariage tardif qui permet l’autonomie, l’école pour tous y compris pour les filles, et j’en passe.

Étrange, donc, ce volontarisme affiché de rayer, de gommer, de supprimer la religion, de la faire disparaître de la carte, de la mémoire, des consciences. Et il y a là quelque chose de révolutionnaire et de totalitaire. Chez tous les auteurs de contre-utopies ou dissidents anticommunistes du XXe siècle (Zamiatine, Orwell, Huxley, Milosz, Kundera, Belohradsky…), on peut trouver décrite la même antienne. Comment ?! Il existe encore dans cette société des traces de religion ? Des gens qui ont le culot de penser à Dieu et de le montrer ? Des gens qui prétendent avoir une âme ? Mais c’est inimaginable ! C’est cela qui nous empêche d’avancer sur le chemin glorieux du progrès ! Effacez donc ces traces, si vous êtes un bon citoyen ! On se croirait ici et maintenant, en France – France, pays de 1793 !

un gouvernement socialiste (celui-ci ou le prochain ?) décidera d’appeler Étienne la ville de Saint-Étienne et Malo la ville de Saint-Malo, et ainsi de suite jusqu’à la moindre rue. Car enfin, c’est insupportable de devoir tolérer encore tous ces saints chrétiens, envahissant nos villes et nos lieux, et auxquels nous n’avons rien demandé. À quand une réforme du calendrier mondial ?

Chaque fois qu’on a tenté d’éradiquer le passé, le résultat n’a pas été une nouvelle culture, sortie du néant et débarrassée des scories précédentes, mais la sauvagerie nue. Le collectif Femen semble ainsi avoir décidé de retourner vivre dans les arbres.

Non seulement cette culture est imprégnée de christianisme comme une terre par l’eau qui l’a irriguée. Mais nous aurions du mal à récuser ses produits, dont paradoxalement nous sommes fiers. Elle est la seule culture à ne pas jeter les bébés superflus, et surtout les bébés filles, dans le fleuve pour s’en débarrasser ; à finalement abolir l’esclavage que tous les peuples ont pratiqué sans l’abolir ; à décoloniser un jour par mauvaise conscience et non plus par défaut de puissance ; à inventer l’égale dignité et la liberté politique ; et tout récemment, à se repentir de ses fautes historiques. Dieu nous empêche donc d’avancer sur le chemin glorieux du progrès ? Quelle culture a inventé le progrès, cette version laïcisée du salut, sinon la nôtre ?

Voilà les contradictions qui nous saisissent : les Droits de l’homme sont sacralisés et le christianisme diabolisé, mais les uns découlent directement de l’autre.

On ne peut demeurer schizophrène trop longtemps. Si la diabolisation du christianisme s’enracine, nous finirons par écorner puis par dégrader ce à quoi nous tenons le plus. Il arrive qu’en croyant se libérer on se passe la corde au cou.

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Published by voxpop - dans La France en résistance

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