Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 09:28

 

  • 16 févr. 2013

 

  • Le Figaro

 

  • chronique NATACHA POLONY

 

 

Du cheval dans des lasagnes 100% pur boeuf: le scandale n’en finit pas d’éclabousser l’Europe. Découvert en Grande-Bretagne, mais venu de France, il passe maintenant par la Suisse. Certains, bien sûr, balaient d’un revers de la main : ce n’est qu’une fraude comme on en compte des centaines, le cheval n’a jamais tué personne et tant mieux si ça permet de nourrir les populations pour pas cher. Hors de question de critiquer le libéralisme, l’Europe ou quoi que ce soit d’autre. Bon, c’est oublier un peu vite que l’on a vendu du cheval pour du boeuf dans le but de se faire de l’argent sur le dos de ces populations qu’on prétend généreusement nourrir pour pas cher. Il y a ceux, donc, qui s’indignent de la fraude, mais qui la traitent comme un fait divers. Rien de significatif. Qu’un trader chypriote vende de la viande roumaine à une entreprise du Sud-Ouest fournisseur d’une entreprise lorraine sous-traitante de Findus et d’autres marques, ça ne pose aucun problème. Que la Commission européenne repousse l’étiquetage de l’origine de la viande au motif que ce n’était pas exactement là que le système a péché est un détail : l’information du consommateur s’apparenterait à un dangereux protectionnisme qu’il faut éradiquer. La mondialisation est joyeuse.

Au-delà de l’enquête qui doit déterminer quel maillon de la chaîne est vérolé, l’affaire des lasagnes au cheval devrait nous inciter à nous interroger sur nos étranges liens avec ce que nous mangeons. Et d’abord avec un phénomène qui caractérise aujourd’hui les sociétés occidentales : la baisse constante de la part du budget des ménages consacrée à l’alimentation. Une preuve que nous sommes sortis de la simple subsistance pour atteindre l’abondance ? Certes, mais nous avons désormais franchi un cap. D’autant que le temps consacré à se nourrir est lui aussi en baisse constante.

A lors

même que ce que nous absorbons nous constitue, que les molécules que nous ingérons deviennent une part de nous-mêmes, nous considérons que la possession d’un écran plat nous approche plus de la plénitude que le plaisir quotidien de partager des aliments qui nous racontent une histoire, des paysages et des hommes. Nous refusons d’envisager même que nos choix en la matière déterminent la perpétuation ou non d’un système économique et culturel, et, disons-le, d’une civilisation.

On connaît, bien sûr, les arguments : ce système crée de l’emploi, il a permis de nourrir à moindre coût des populations plus nombreuses. Seuls quelques privilégiés peuvent se nourrir de produits frais de qualité. Aux plus pauvres, donc, les fruits sans goût, agrémentés de pesticides, et les plats cuisinés trafiqués aux arômes chimiques et conservateurs. Généreux système ! Mais surtout, le raisonnement est faux. Une telle organisation repose sur une agriculture industrielle qui remplace les bras par les molécules chimiques, sur une industrie agroalimentaire qui se fournit dès qu’elle le peut dans des pays aux coûts de production moins élevés, et sur une grande distribution qui tue chaque jour un peu plus les centres-villes. Un emploi créé dans la grande distribution, ce sont trois à cinq emplois détruits dans le commerce de proximité. Il s’agit bien d’un choix…

B runo

Le Maire, ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture du gouvernement Fillon (les mots ont un sens et le symbole était heureux) avait en son temps plaidé pour l’autonomie alimentaire de la France. Un enjeu crucial à l’heure où la Chine et l’Arabie saoudite rachètent des terres arables partout dans le monde. Il avait également imposé que les cantines scolaires privilégient des fournisseurs locaux, qui auraient nourri les enfants avec ce que leurs paysages quotidiens leur offraient à la vue. Une atteinte à la concurrence, avait protesté un commissaire européen…

Nous réapproprier ce que nous mangeons, ce n’est pas seulement répondre à cet enjeu déjà fondamental en refusant un système aberrant économiquement et sociologiquement. C’est aussi reconquérir une liberté fondamentale, celle de maîtriser notre goût, notre plaisir, plutôt que de nous les voir imposer par une uniformisation abrutissante. Un croyant dirait qu’il s’agit de retrouver notre place au sein de la création en lui rendant grâce par ce que nous en consommons. Un agnostique ou un athée parleront simplement de nous émanciper pour retrouver notre dignité.

Partager cet article
Repost0
Published by voxpop - dans La France en résistance

Bienvenue

  • : Le blog de voxpop
  • : Immigration en France : Etat des lieux, réflexion et charte de vote. La France en résistance
  • Contact

CHOISIR 

LA  FRANCE

 

RESISTANCE !

Capture-d-ecran--316-.png 

J'ai plus envie de me croire à Kaboul dans ma ville,

J'ai plus envie de l'incivisme, plus envie de la médiocrité comme religion, plus envie du manque d'ambition comme profession de foi.

J'ai plus envie de relativiser. >>>>