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Christophe Guilluy: "Les "gilets jaunes" attestent la révolte de la France périphérique"
ENTRETIEN - Le géographe a théorisé la fracture grandissante entre France des métropoles et territoires périphériques dans plusieurs ouvrages qui ont marqué. Il voit dans le mouvement du 17 ...
Les partis politiques semblent dépassés par un mouvement émanant de la base…
Les partis traditionnels ont été créés pour représenter une classe moyenne qui est en train de se déliter. On relève un décalage gigantesque entre la réalité de la société française et ces partis qui continuent à s'adresser à une classe moyenne mythique, supposée stable, alors qu'en réalité ils n'en captent plus que les héritiers -pour la droite les retraités, pour la gauche la fonction publique. Cette classe moyenne en déclin a pourtant des demandes simples: elle ré clame une intégration économique et la préservation d'un capital social ainsi que culturel.
Les conflits sociaux ont toujours existé, mais c'est la première fois dans l'histoire qu'il y a une perte de contact aussi grande entre le haut et le bas de la société. C'est une véritable désaffiliation. Aujourd'hui Paris est beaucoup plus éloigné de l'hinterland français que de Londres, Barcelone ou Amsterdam, et la situation est la même dans les autres pays occidentaux. Autant de facteurs qui favorisent les mouvements spontanés et incontrôlés comme les «gilets jaunes».
On peut facilement tenir un discours sur la nécessité de préserver l'environnement quand on a les moyens de s'offrir une voiture électrique ou de consommer bio. La défense de l'écologie, comme la promotion de la «société ouverte», est devenue un outil de distinction sociale.