Bd Voltaire
Pierre Van Ommeslaeghe
Le ministre de l’Éducation nationale lance une campagne contre le harcèlement à l’école. L’initiative est louable et nous la louerions si elle était neuve et s’attaquait aux vraies causes du harcèlement.
La dernière enquête de victimation (désolé pour le barbarisme, il est du ministère) indique que 7 % des élèves seraient victimes de violences au collège. Si, prenant au sérieux les rumeurs sur les raisons du harcèlement, on rapproche ce chiffre de ceux de l’enquête PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) on se rend compte qu’il est proche du pourcentage des élèves les meilleurs (6,3 % au niveau 5 et 6, les plus élevés). Si tous les harcelés ne sont pas forcément bons élèves, on sait que beaucoup le sont.
Aujourd’hui en France le bon élève est traité de « bouffon », de « bolosse », moqué voire martyrisé. Pour les plus fragiles, l’issu peut être fatale comme pour Marion Fraisse, 13 ans, qui s’est pendue le 13 février dernier. Ses parents viennent de porter plainte contre l’Éducation nationale. La plupart font le dos rond, survivent en permettant aux caïds de copier sur eux, voire en levant le pied de façon à ne pas avoir de trop bonnes notes.
Que font les enseignants direz-vous ? Eux aussi tentent de survivre. Ce n’est pas très courageux, c’est vrai, seulement humain, trop humain. Il est à craindre qu’une campagne de sensibilisation ne porte pas beaucoup de fruit. Les harceleurs s’en moqueront. Les harcelés éviteront de se signaler de peur d’aggraver leur situation. Les enseignants y prêteront quelque attention jusqu’à la campagne de sensibilisation suivante, contre le racisme, l’exclusion, la faim dans le monde ou tout autre cause tenant au cœur du ministre en place.
Pourtant, les solutions sont connues. Aujourd’hui tout élève, quel que soit son niveau, passe en classe supérieure. Aujourd’hui pour réunir un conseil de discipline, il faut au moins qu’il y ait agression physique ; il n’est pas rare d’y voir les élèves accompagnés d’avocat. Aujourd’hui il n’est plus question de classement ou de remise de récompenses pour mettre à l’honneur les élèves qui travaillent, on conteste au contraire le bien-fondé des notes. Le pédagogisme et l’angélisme rousseauiste ambiant interdisent de dire qu’il faut exclure les quelques fauteurs de troubles qui ne veulent ou ne peuvent profiter du collège pour le plus grand bien de la majorité.
Le plus grave peut-être est que les victimes de cet aveuglement, les victimes du harcèlement, sont les enfants les plus brillants des classes les moins favorisées. Ceux pour qui l’école pourrait être un ascenseur social. Les familles culturellement ou socialement plus élevées peuvent éviter aux leurs les collèges poubelles, peuvent recourir au privé. Pas les familles d’ouvriers ou d’immigrés. À refuser de récompenser le mérite et de sanctionner les petites brutes, on empêche les bons élèves des classes populaires de réussir et on entretient ainsi la médiocrité à tous les niveaux de la société. Car même si les élites sociales se perpétuent par ce système, elles inculquent dans l’esprit de leur progéniture que seuls l’argent le pouvoir et la position sociale ont de l’importance. Pas le travail ni l’intelligence.
Vincent Peillon devra choisir entre la communication et le traitement en profondeur des malaises de l’école.