Paris MATCH
Albert Camus.
La « lumière » s’est éteinte
La route des vacances du Nouvel An vient de prendre à la France le le maître à penser de sa jeunesse.
Le 24 août 1944, « Combat », le bulletin clandestin de la Résistance, est devenu un quotidien. Pascal Pia, qui en a pris la direction, a confié la rédaction en chef à Albert Camus.
En quelques semaines, le tribun Camus devient l’écrivain le plus célèbre de France. Il a déjà publié sa trilogie de l’absurde : sa pièce « Caligula » en 1941, « L’étranger » et « Le mythe de Sisyphe » en 1942. « Combat », journal des « purs », connaît alors un grand succès moral, et son influence est considérable.
Camus est sans doute, avec le général de Gaulle, l’homme qui a redonné aux Français déchirés par l’Occupation, et ballottés entre le désespoir et la révolte, la foi en l’homme. Et pourtant, les intrigues, les coteries qui obligent de Gaulle à se retirer ont aussi raison du journal des purs.
« Combat » devient un quotidien comme les autres. Et Camus s’en va. Mais il s’en va avec son public – énorme – qui le suit de livre en livre, d’essai en essai, de pièce en pièce. L’explication de cette réussite exceptionnelle, qui a fait de l’étudiant boursier d’Alger un lauréat du prix Nobel en 1957, est dans l’adhésion d’une génération tout entière à l’homme en qui elle a trouvé le guide capable de l’arracher à sa solitude et la « lumière » qui éclairera son désarroi.
Le 4 janvier, il meurt à 46 ans dans le plus absurde des accidents : une embardée sur la nationale 5 lui fait percuter un platane.
Il est là, en habit, très grand, mince, le cheveu sombre, le visage un peu cendré aux pleins feux des projecteurs, assistant, avec l'aisance de l'homme de théâtre, à cette surprenante mise en scène de son triomphe. Sa bouche serrée n'a pas un frémissement. Mais, dans ses yeux — ses étranges yeux verts — éclate brusquement l'émerveillement du petit garçon ébloui par les lumières et les miroitements d'une fête foraine. Si l'élève de l'école communale de Belcourt, le quartier populeux d'Alger, le bon « sujet » à qui M. Germain, l'instituteur, a fait obtenir une bourse au lycée, a jamais rêvé d'une merveilleuse distribution des prix revanche — un soir où il s'était senti plus pauvre — c'est ainsi qu'il l'a imaginée.
........
......... Lire l'article
http://www.parismatch.com/Culture/Livres/Albert-Camus-le-grand-mort-du-kilometre-90-535758
• L'absurdité
«L'absurde est la notion essentielle et la première vérité.» Le Mythe de Sisyphe
«Un homme est toujours la proie de ses vérités.» Le Mythe de Sisyphe
• La morale
«L'honneur est la dernière richesse des pauvres.» Les Justes
«Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.» La Peste
• Le rébellion
«La liberté, seule valeur impérissable de l'histoire.» L'Homme révolté
«J'ai compris qu'il ne suffisait pas de dénoncer l'injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre.» Les Justes
• Le pessimisme
«Tout homme est un criminel qui s'ignore.» L'Homme révolté
«Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou.» Carnets
• La politique
«Gouverner, c'est voler, tout le monde sait ça.» Caligula
«La société politique contemporaine: une machine à désespérer les hommes.» Actuelles
Principales œuvres: Caligula (1938, pièce de théâtre); Noces (1939, recueil d'essais); Le Mythe de Sisyphe (1942, essai); L'Étranger (1942, roman); La Peste (1947, roman); Les Justes (1949, pièce de théâtre); L'Homme révolté (1951, essai); La Chute (1956, roman).