La dernière séance de renégociation de la convention d'assurance-chômage, qui réunit ce jeudi au siège du Medef patronat et syndicats, se fera au son de la sono et des mégaphones. Les intermittents du spectacle ont en effet décidé, une fois encore, de se rappeler au bon souvenir des délégations présentes. Depuis que les trois organisations patronales - Medef, CGPME et UPA - ont proposé, le 13 février, de supprimer leur généreux régime d'indemnisation, artistes et techniciens ne désarment pas.
Ils sont venus devant le siège du Medef lors de la réunion du 27 février, ont occupé le ministère de la Culture, le Medef Île-de-France, les locaux parisiens de la CGPME et même la Cour des comptes, qui a plusieurs fois fustigé «la dérive massive» de leur régime. Indubitablement, leur combat a été le sujet polémique de cette négociation, au point de masquer les autres enjeux, comme l'instauration de «droits rechargeables» ou la suppression du régime, lui aussi plus avantageux que le droit commun, des intérimaires.
Un quart du déficit total
Sur le fond, il est impossible de rééquilibrer les comptes de l'Unedic, le gestionnaire de l'assurance-chômage, sans traiter le cas des intermittents. Ces derniers sont un peu moins de 110.000 à être indemnisés, soit 5% de l'ensemble des chômeurs percevant une allocation. Mais leur régime spécifique, dans le rouge de plus un milliard chaque année, est à l'origine d'un quart du déficit de l'assurance-chômage! Un dérapage dû à des règles d'indemnisation très favorables. Ainsi, alors qu'un chômeur lambda perçoit 1 151 euros de revenus par mois en moyenne, les artistes sont à 2 183 et les techniciens du spectacle à 3 030 euros, selon la Cour des comptes. En période de crise, une telle iniquité devient de plus en plus difficile à accepter.
Fort de ces arguments, le patronat - aiguillonné par la CGPME, mais aussi par le départ du Medef de Laurence Parisot, qui protégeait les intermittents et a récemment affirmé qu'elle était opposée à la suppression de leur régime - est sorti du bois cette année. L'actuelle négociation ne débouchera certainement pas sur une disparition du régime, le gouvernement s'y opposant formellement. «Je déconseille au Medef de persévérer dans cette erreur», a prévenu Jean-Marc Ayrault mi-février. Mais il est possible que le patronat obtienne quelques mesures d'économies immédiates - comme un plafonnement du cumul des revenus d'activité et de l'allocation, et une hausse des cotisations -, ainsi que l'engagement de remettre le sujet plus tard sur la table. Car les syndicats - et même la CGT, en pointe dans ce combat - y sont prêts. Sur un dossier figé depuis la révolte de 2003, ce serait un immense progrès