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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 16:15

27 avr. 2012

Le Figaro

 

Jean d’Ormesson

Pour « Le Figaro »

Alors que le scrutin du 22 avril a marqué la fin des clivages traditionnels, l’écrivain estime que seul Nicolas Sarkozy peut réunir toutes les forces de la nation.

Une crainte surgit soudain : et si l’avenir annoncé par les socialistes était pire encore que le passé ?

 Avec Sarkozy, la France a été un peu au-dessous de l’allemagne.

 Avec Hollande, elle risque fort d’être un peu au-dessus de l’espagne ou de la Grèce

Sarkozy revenait de loin et on nous annonçait son effondrement. L’effondrement ne s’est pas produit. À un point et demi près, nous avons perdu une bataille. Nous n’avons pas perdu la guerre. Une campagne nouvelle s’engage. Elle fera oublier la précédente. Loin des insultes misérables dont il a été abreuvé, un Sarkozy nouveau tire les conséquences du scrutin du 22 avril. Que s’est-il passé ? Inutile de fermer les yeux, inutile de prononcer des paroles lénifiantes : sous la bannière de Marine Le Pen, en hausse à 18 %, et de Jean-luc Mélenchon, en baisse à 11 %, près d’un Français sur trois a voté contre ce qu’ils appellent le « système » . Voilà, bien plus que la querelle pour la première place, la terrible leçon du premier tour.

Rien ne sera plus comme avant. La crise est passée par là. Les barrières sautent. Les esprits s’enflamment. La révolte couve. Des agriculteurs ruinés, des chômeurs sans ressources, des fonctionnaires à bout de forces sont désespérés. Un monde nouveau aspire à voir le jour. Ce ne sont pas les vieilles méthodes ni les mesures déjà usées des conservateurs de gauche qui pourront régler les problèmes qui surgissent.

L’opposition a joué et joue encore presque exclusivement la carte de l’antisarkozysme. C’est qu’elle n’a pas d’autres idées. Faisant comme si la crise n’avait jamais existé, elle a rejeté sur le président sortant la responsabilité des malheurs trop réels qui nous ont frappés. Le chômage, c’était sa faute. Le pouvoir d’achat en berne, c’était sa faute. Les angoisses devant l’avenir et la peur qui rôde, c’était sa faute. Heureusement, les socialistes étaient là pour promettre monts et merveilles, pour appliquer leurs remèdes miracles et pour nous tirer d’affaire.

Les exemples trop clairs fournis par l’Espagne socialiste et par la Grèce socialiste ne permettent plus de soutenir ces contre-vérités. Un sentiment se fait jour : Nicolas Sarkozy a tenu à bout de bras un pays menacé par la tourmente. Une crainte surgit soudain : et si l’avenir annoncé par les socialistes était pire encore que le passé ? Avec Sarkozy, la France a été un peu au-dessous de l’allemagne. Avec Hollande, elle risque fort d’être un peu au-dessus de l’espagne ou de la Grèce.

En vérité, les vieilles recettes classiques, les routines du passé ne sont plus capables aujourd’hui de fournir les réponses nécessaires. Dans la tempête qui menace, il faut des idées nouvelles. La seule idée nouvelle de Hollande a fait ses preuves depuis longtemps : c’est un gouvernement et une (in)action socialistes. L’idée de Sarkozy est de réunir, au contraire, toutes les forces de la nation. Ses adversaires l’ont accusé, bien à tort, de diviser. Il est un rassembleur. Il vient d’une droite qu’il a rassemblée avec succès en son temps. Et c’était une tâche difficile. Il regarde aujourd’hui bien au-delà de la droite. Au-delà des clivages traditionnels, il s’adresse aux Français de toutes les opinions.il s’adresse, bien sûr, aux Français qui ont voté Front national et que tournée par les slogans, se sont prononcés contre lui avec le plus de violence : il n’est pas exclu que quelques-uns d’entre eux votent pour lui le 6 mai.

La bataille, dans les jours qui viennent, va se hisser un peu plus haut que dans les semaines passées. Elle se jouera entre l’idée de socialisme et l’idée de nation. Elle se jouera aussi entre deux hommes : Hollande, d’un côté ; Sarkozy, de l’autre. Lequel inspire le plus de confiance ? Lequel représentera le mieux la France dans le monde nouveau d’aujourd’hui ? François Hollande semble découvrir tout à coup. Ils sont aussi dignes de respect que ceux qui ont voté Front de gauche, entraînés par le talent de Jean-luc Mélenchon, l’héritier attendri du communisme stalinien, le tribun qui nourrit la nostalgie du bon vieux Mur de Berlin. Il s’adresse aussi à tous les autres. Aux centristes, évidemment, aux électeurs du Modem, aux partisans de Bayrou dont les idées sont si loin de celles de Le Pen et de Mélenchon et si proches de celles de Sarkozy. Il s’adresse même à ceux qui, ne sachant plus à quel saint se vouer, la tête Lequel sera le plus capable de protéger les Français dans les jours difficiles qui nous attendent demain ?


Hollande réunit autour de lui toute la gauche socialiste.

L’ambition de Sarkozy est de parler aux gens qui s’inquiètent de leur avenir et qui se moquent bien des étiquettes en train de voler en éclats. C’est au peuple français en quête enfin d’autre chose dans un monde nouveau qu’il s’adressera le 1er mai du côté du Champ-de-mars, lieu chargé d’histoire s’il en est, et du Trocadéro. * Membre de l’académie française

 

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