C'était écrit ! VOXPOP
Le 4 novembre 2013
Quatre jours ne s’étaient pas écoulés depuis la libération des quatre otages français d’Arlit, les familles et les proches des heureux rescapés du désert et de la mort n’avaient même pas achevé de célébrer leurs retrouvailles qu’un nouveau drame venait gâcher la fête. On apprenait dans un premier temps que deux journalistes de RFI avaient été enlevés à Kidal, dans le nord du Mali. Puis, presque aussitôt, qu’ils avaient été assassinés par leurs ravisseurs.
L’événement apporte, hélas, la plus sinistre – et la plus prévisible – des réponses à la première question que posait le dénouement de l’interminable feuilleton entamé sur le site nigérien d’AREVA il y a plus de trois ans. Avait-on bien fait de négocier avec leurs kidnappeurs et de récompenser finalement leur crime par le paiement d’une énorme rançon ? Il n’est que trop clair, si l’on en doutait encore, que la méthode française constitue un puissant encouragement à la généralisation de cette forme contemporaine de criminalité qui se donne de moins en moins souvent la peine d’invoquer l’alibi d’une conviction religieuse, d’une motivation idéologique ou d’une stratégie politique.
À la faveur de la guerre ou de la guérilla que le fanatisme symbolisé par le nom d’Al-Qaïda et de ses différentes filières plus ou moins officielles a déclarée à l’Occident et aux temps modernes, prolifère et prospère un phénomène qui ne relève fondamentalement du banditisme de grand chemin et de droit commun, même s’il se pare encore des oripeaux d’une cause plus noble. Au moins, ceux qui ont fait de Mexico La Mecque du kidnapping de masse ne prétendent-ils pas qu’ils agissent pour autre chose que pour l’argent. Bien que nous n’ayons pas encore le fin mot de ce qui s’est passé à Kidal (et nous ne sommes probablement pas près de l’avoir), il est évident qu’il ne s’agissait pas d’un attentat, mais d’une classique prise d’otages – sans quoi les ravisseurs ne se seraient pas encombrés de leurs deux victimes – à laquelle des circonstances imprévues ont mis un terme prématuré.
Dès à présent, trois conclusions peuvent, et doivent, être tirées du drame de Kidal. Si cruelle que soit la première, et si insupportable pour ceux qui risquent d’en payer le prix et pour leurs familles, l’État doit l’assumer : acheter le succès à court terme que constitue la libération des otages, c’est accepter à long terme la poursuite et le développement des prises d’otages. Le non-paiement d’une rançon doit être la règle.
Deuxième conclusion : l’État et les particuliers, journalistes ou pas, doivent comprendre qu’il y a à l’heure actuelle un certain nombre de pays où un Français n’est rien d’autre que de la viande sur pied et qu’il faut s’abstenir de fournir du gibier aux prédateurs.
Troisième conclusion : ce n’est ni demain ni de sitôt que l’armée française pourra quitter le Mali.