Alain Peyrefitte, l’un des plus brillants essayistes du siècle dernier, avait, dans
La Société de confiance, démontré que le moteur essentiel de la croissance reposait sur ce « tiers facteur immatériel » qu’est la confiance. Dans le monde totalement ouvert où s’inscrit la France aujourd’hui, ce facteur est absolument déterminant pour assurer le redressement des finances publiques et permettre la relance de la production et donc de l’emploi. Sans confiance, il n’y a aucune chance de mobiliser les acteurs économiques, et, surtout, sans confiance, il y a toutes les raisons pour que la déprime des marchés et des agences de notation nous enferment dans la spirale infernale que connaissent la Grèce et l’espagne. Abaissement de la note de la France, flambée de nos taux d’intérêt, austérité maximale sous contrôle du FMI et de la Banque centrale européenne, envolée du chômage, baisse des salaires des fonctionnaires, diminution des pensions de retraite… Voilà le scénario infernal d’un lendemain d’élection présidentielle où la confiance se serait envolée. La question est donc bien de savoir si l’élection de François Hollande le 6 mai créerait les conditions de cette indispensable confiance pour affronter les grands vents de la mondialisation. Malheureusement, tout, dans le discours et le programme du candidat socialiste, est de nature à créer la défiance. Le refus d’inscrire clairement dans la Constitution la règle d’or de l’équilibre budgétaire ; le retour même partiel à la retraite à 60 ans ; le report à 2017 de l’équilibre budgétaire ; la fin du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux ; l’augmentation des charges salariales pour financer la dépendance ; la création de 60 000 emplois dans l’enseignement ; le financement de 130 000 emplois-jeunes et, enfin, cerise sur le gâteau, la renégociation du traité signé par la France et ses partenaires pour rétablir les grands équilibres financiers. Voilà autant de marqueurs qui, dès le lendemain d’une victoire du candidat socialiste, sonneraient la charge des acteurs financiers internationaux contre notre pays. En langage commun, cela s’appelle « être rattrapé par la patrouille ».