Bd Voltaire
Les cloches de l’église du village de Boissettes, en Seine-et-Marne, ne sonneront plus. Un arrêt du tribunal administratif de Paris, se référant à la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, interdit depuis le 1er janvier le tintement du clocher de ce petit village. Cette décision est loin de faire l’unanimité. Le maire de Boissettes et une bonne partie des habitants, signataires d’une pétition, s’y opposent fermement et s’émeuvent que la vie du village cesse d’être bercée par le son des cloches.
Cette affaire débute il y a quelques années lorsqu’un couple de riverains, installé depuis peu à Boissettes, engage une action judiciaire, arguant que le bruit du clocher les empêche de dormir. Alors qu’ils réclamaient seulement une interruption du tintement entre 22 h et 6 h, la justice — en exigeant l’arrêt définitif — leur octroie finalement gain de cause au-delà même de leurs espérances. Cette décision de la cour administrative est d’une hypocrisie inouïe. Les riverains dénonçaient « des nuisances sonores », la justice invoque la laïcité pour leur donner raison : cela s’appelle se moquer du monde.
Sans doute confus des conséquences imprévues de leur égoïsme, les deux plaignants sont aujourd’hui fort embarrassés. Leur gêne est justifiée : c’est au nom de leur confort personnel qu’ils ont ignoré l’opinion de la majorité des villageois en attaquant sans vergogne une tradition bien ancrée.
Voilà donc comment, aujourd’hui, une église peut être réduite au silence. C’est bien peu de choses, bien sûr : le sort du clocher de ce village de 500 âmes semble dérisoire à côté des crises gravissimes que notre pays est contraint d’affronter. Mais ce sont souvent les petites histoires qui aident à comprendre la grande, et cette affaire – anecdotique en apparence – a le mérite de révéler vertement certaines fractures de notre société. C’est le récit inquiétant de l’affrontement de deux France qui ne s’imaginent plus d’avenir en commun.
D’un côté, la France mondialisée — incarnée ici par le pouvoir judiciaire — qui convoite le monde et oublie son propre pays, voudrait effacer des esprits toutes nos vieilles traditions devenues – selon elle – désuètes à l’heure de la mondialisation. Dans ce projet d’affaiblissement de la mémoire nationale, il n’est d’ailleurs pas anodin que nos clochers soient une cible privilégiée. Le christianisme qui a façonné notre pays occupe une place de choix dans le roman français, et le son des cloches qui possède ce pouvoir extraordinaire de raviver les souvenirs de la France d’antan renforce la relation charnelle qui unit les Français avec leur pays.
Face à l’arrogance de ces élites oublieuses de la France, de nombreux Français, stupéfaits d’être ainsi sommés de renoncer à leur mode de vie et de rompre avec leur passé, commencent à s’insurger. Les protestations des habitants de Boissettes n’en sont qu’une illustration parmi tant d’autres. Les maux qui nous accablent ne sont pas dus au hasard, mais résultent de la politique imposée avec brutalité par cette classe dirigeante. La prise de conscience s’accomplit progressivement : cette France qui ne veut pas mourir refuse que son pays se transforme à ses dépens.