Bd Voltaire
Gabrielle Cluzelle
C’est Mediapart qui a mis, c’est le cas de le dire, le feu aux poudres. Dans un article intitulé « Un maire UMP du Var aimerait voir brûler les Roms », il met en ligne l’enregistrement sauvage d’un conseil de quartier de Roquebrune-sur-Argens dans lequel le maire Luc Jousse tient les propos suivants : « Les Roms m’ont mis 9 fois le feu. Dans le dernier, ils se le sont mis eux-mêmes. Vous savez ce qu’ils font ? Ils piquent des câbles électriques et après ils les brûlent pour récupérer le cuivre. Et ils se sont mis à eux-mêmes le feu dans leur propre caravane. » On entend du bruit dans la salle. Le maire reprend la parole pour citer, avec une certaine complaisance, une phrase qui a jailli du public : « Ce qui est presque dommage, c’est qu’on ait appelé trop tôt les secours… Mais je l’ai pas dit. Je l’ai pas dit ! »
Le porte-parole des députés PS, Thierry Mandon, a déclaré « qu’aucune excuse, aucune justification n’était plus recevable ». Le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, a parlé de propos « inacceptables », « choquants » et qui « justifient une sanction ». L’UMP a annoncé qu’une réunion du bureau politique du parti aurait à statuer sur son cas mercredi prochain.
Peut-être, comme le suggère Mediapart, Luc Jousse, rattrapé par des « affaires » et soucieux de la montée du Front national, tente-t-il, par ses propos outranciers et irresponsables, de donner des gages. Comme un bleu-bite qui arrive dans le régiment, il pense, lui qui n’a jamais fait alliance qu’avec la gauche, que pour séduire un public qu’il sait excédé par les Roms, il faut en faire des tonnes, et raconter des blagues dégueulasses à faire rougir un sapeur.
Mais l’affaire, évidemment, ne se résume pas à ça. Elle sous-tend une vraie question : jusqu’à quand l’action de la gauche se réduira-t-elle à appuyer sur le bouton « on » d’un mouchard caché sous la table, et jusqu’à quand la droite acceptera-t-elle de courber l’échine face à cette gauche-corbeau ? Jusqu’à quand acceptera-t-elle d’aller jouer sur le terrain adverse, toujours en défensive, les bras sur la tête pour parer les coups ? Jusqu’à quand refusera-t-elle obstinément de jouer sa propre partition ?
Une partition évidente, pourtant. Les propos de Luc Jousse et les rires complices qu’ils ont déchaînés dans la salle du conseil sont en effet très inquiétants. Parce qu’ils révèlent un climat délétère. Un insupportable climat de violence qui se développe à la faveur de l’incurie de l’État. Dans une ville où, malgré une décision de justice, la procédure d’expulsion n’est pas appliquée. Dans une ville du Sud de la France où neuf départs de feu en plein été mettent, bien sûr, en danger toute une population.
Luc Jousse, pas plus qu’avant lui Gilles Bourdouleix, maire UDI de Cholet, ou Régis Cauche, maire UMP de Croix, ne sont des psychotiques névrosés qui font une fixation sur les Roms depuis qu’ils sont hauts comme ça. Mais pour eux comme pour tant d’autres maires, le « problème rom » est kafkaïen… et le propre des problèmes kafkaïens est de vous rendre fou.
Faute de jouer sa propre partition, l’UMP tente d’en jouer deux autres à la fois, en appuyant trop fort sur les touches, avec les couacs que l’on sait : les UMP « au contact » racolent les électeurs FN avec des œillades trop appuyées, et les UMP des hautes sphères, douairières collet monté à l’auréole antiraciste vissée sur la tête, s’indignent de leurs façons de roulures, pour garder les faveurs du clergé socialiste. L’ensemble est un peu dissonant…