Par Jérôme Béglé
À la une du Point.fr
Affaires Cahuzac, Gayet, Sarkozy... À chaque fois, le ministre de l'Intérieur prétend qu'il ne savait rien. Une défense assez peu crédible pour le premier flic de France.
Manuel Valls est une bénédiction pour les journalistes et pour la presse ! Nous ne sommes plus crus ; nos journaux ne se vendent plus ; on nous accuse de ne servir à rien, de cacher les vraies infos et de faire notre miel de ce que tout le monde sait déjà ! Heureusement, un homme - et pas n'importe lequel - nous lit avec beaucoup d'attention, puisant chaque jour dans nos colonnes ce qu'il ignorait jusqu'ici. Plus admirable encore, alors qu'il est de bon ton de dire qu'on n'achète plus la presse, lui se vante d'y trouver quotidiennement les sources nécessaires à l'accomplissement de son travail. Il faut donc rendre hommage à Manuel Valls.
C'est grâce à Closer qu'il a appris que François Hollande et Julie Gayet partageaient un appartement, pourtant situé à 100 mètres de la place Beauvau, où se trouve le siège du ministère de l'Intérieur. C'est grâce au Monde du 6 mars dernier qu'il fut informé que ses services avaient placé sur écoute Nicolas Sarkozy, ancien président de la République.
Ajoutez à cela que pendant l'affaire Cahuzac, Manuel Valls déclarait qu'il n'avait "jamais disposé d'aucun élément oral ou écrit démontrant que M. Cahuzac avait un compte à l'étranger ou en Suisse". Sans doute la presse avait-elle dans ce cas précis mal fait son travail...
Depuis 48 heures, cette ignorance est battue en brèche par de nombreux témoignages. Dernier en date, celui de Martine Monteil, ancienne directrice centrale de la police judiciaire. Jeudi matin sur Europe 1, elle n'a pas mâché ses mots. À la question "Est-il possible que le ministre de l'Intérieur n'en soit pas immédiatement informé ?" Sa réponse fuse : "Assez peu. C'est assez peu crédible." Et de souligner que Christian Lothion, actuel directeur, fut l'un de ses anciens collaborateurs. "Il a été un de mes sous-directeurs, il a été directeur régional pour la direction centrale." Un homme loyal et qui rapporte à sa hiérarchie, semble-t-il : "Lui-même, lorsqu'il avait une affaire sensible, faisait remonter l'information vers son directeur central, vers moi. C'est quelque chose qui s'est toujours fait, sans pour autant lui poser de questions très indiscrètes, et si j'en avais posé, il était libre de ne pas répondre."
Conseillons à Manuel Valls de renouveler son abonnement à Mediapart ou d'envoyer dès mardi soir aux portes de l'imprimerie qui fabrique Le Canard enchaîné ses plus fins limiers. Il apprendra peut-être qui l'a tenu au courant (et quand) des écoutes pratiquées sur les téléphones de Nicolas Sarkozy et de son avocat. À toutes fins utiles, nous nous permettons de rappeler au ministre que les élections municipales se tiennent les 23 et 30 mars. Il est de tradition que ses services annoncent les chiffes de la participation et proclament les résultats. Il serait regrettable qu'il n'apprenne les scores des candidats que le lendemain...