Par Sophie Coignard
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Six jours déjà ! Six jours que la France est bloquée par des grévistes SNCF de plus en plus minoritaires : près de 28 % le premier jour, 22,6 % le deuxième, 17,5 % le troisième. Depuis, l'entreprise nationale n'ose plus donner de chiffres. Sauf celui-ci : ce lundi, 10 000 agents en gilet rouge sont déployés pour l'opération SNCF Assistance exams, destinée aux candidats au baccalauréat en déroute. C'est le comble de l'absurdité, et de l'indécence.
Le projet de loi qui provoque cette grogne entend en effet rendre le chemin de fer français plus solide face à la concurrence européenne inexorable. Ce n'est pas un luxe pour un secteur qui, après la séparation de l'activité équipement (confiée à RFF) en 1997, n'a pas réussi, bien au contraire, à réduire le poids de son endettement et n'a guère amélioré sa productivité.
Les enfants, les parents, les grands-parents, pourquoi pas les voisins de palier ?
C'est la Cour des comptes qui le dit déjà dans un rapport de 2010 : "Une analyse comparative des heures de travail accomplies par les personnels d'autres opérateurs ferroviaires en Europe fait apparaître une situation nettement plus favorable aux agents de la SNCF." En 2013, pas de cris non plus quand la même institution dénonce carrément "des opérations dispendieuses, des marchés irréguliers" en matière de communication. Il y en a quand même pour plus de 200 millions d'euros par an !
Le silence est tout aussi assourdissant quand la Cour des comptes critique dans son rapport public, début 2014, les facilités de circulation accordées aux agents et à leur famille élargie : les enfants, les conjoints et concubins ainsi que les parents, grands-parents et même arrière-grands-parents de tout ce petit monde. Au total, 1,1 million de personnes, dont 15 % à peine travaillent pour la SNCF. Il ne manque plus que les voisins de palier...
Le coût de cette générosité ? Il pourrait dépasser 100 millions d'euros par an, selon la Cour des comptes. Quelques jours après cette publication, en février 2014, la SNCF annonce un déficit annuel de 180 millions d'euros. Quand il a quitté la SNCF, Louis Gallois, un haut fonctionnaire pourtant progressiste, mesuré et discret, avait assez bien résumé la situation : "Dix ans passés à la tête de cette société, cela vous vaccine contre l'optimisme