Depuis le soir du premier tour, Nicolas Sarkozy ne passe rien au PS. Mais il faut bien reconnaître que le PS ne lui passe rien non plus, et que son attitude vis-à-vis du chef de l’état ne remonte pas au 22 avril. Cet entre-deux-tours sabre au clair était prévisible et il trouve son origine il y a cinq ans, presque jour pour jour, avec la victoire de Nicolas Sarkozy sur Ségolène Royal. Depuis cette date, aux yeux de la gauche, le chef de l’état est l’homme à abattre. L’usurpateur qu’il faudra éliminer à la première occasion venue. Nous y sommes. C’est comme si elle se vengeait de cinq ans de frustrations. Elle appelle donc à la rescousse, si l’on peut dire, Pétain, Laval, et peut-être pire encore puisqu’il reste une semaine avant le second tour et qu’elle a de l’imagination. On peut donc comprendre l’agacement de Nicolas Sarkozy. Lorsqu’en 2008 Martine Aubry l’avait traité de « Madoff », c’était le mettre au rayon des grands escrocs internationaux. D’autres formules, plus agressives les unes que les autres, ont jalonné quotidiennement, à gauche, le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Le présidentcandidat en conclut qu’il n’a pas à prendre de gants. Ni Valéry Giscard d’estaing ni Jacques Chirac n’ont eu droit à pareil traitement tout au long de leurs mandats. François Hollande a vite compris que la clé de la présidentielle, c’était précisément cet antisarkozysme virulent nourri par sa famille politique pendant cinq ans. Peu importe le flou des propositions, peu importent les contradictions, l’essentiel consiste à dénoncer l’homme Nicolas Sarkozy. Cette stratégie a permis au candidat PS de faire une grande économie d’imagination et de ne pas entrer dans le détail de la politique qu’il compte mener s’il gagnait dimanche prochain. Heureusement pour lui. Nicolas Sarkozy a moins d’une semaine pour convaincre l’opinion qu’une présidentielle n’est pas un référendum mais une bataille de projets. Capital, le débat télévisé de mercredi doit le lui permettre. On peut compter sur lui pour souligner les gigantesques interrogations que suscite le programme de François Hollande. Son rival ne pourra plus esquiver.