Par Jean Nouailhac
À la une du Point.fr
Marylise Lebranchu n'a pas hésité longtemps dès qu'il a été question que les "petits" fonctionnaires, "les moins bien payés", censés être les victimes du gel du fameux point d'indice, bénéficient d'un "coup de pouce" à partir du 1er janvier 2015 : elle a proposé un allégement dégressif de leurs cotisations retraite, une mesure destinée à leur "redonner du pouvoir d'achat". Sont concernés les agents payés jusqu'à un smic et demi : ils sont 2,2 millions, 100 % des catégories C, 70 % des B et 20 % des A. Un smicard verra ainsi son revenu net augmenter de 558 euros par an. Or, ces mêmes smicards de la fonction publique avaient déjà reçu un premier cadeau annoncé au début de cette année 2014, une augmentation pendant deux ans de 552 euros par an, ce qui leur fera donc 1 100 euros de plus par an pour les années 2015 et 2016, juste avant l'élection présidentielle de 2017. La tambouille politico-sociale française dans toute sa splendeur !
Avec le changement de cap économique annoncé par François Hollande - dont on n'a pas encore vu la couleur - et le réalisme officiellement affiché par Manuel Valls - dont on attend toujours les premières mesures concrètes -, on pensait en avoir fini avec les distributions aux fonctionnaires qui sont l'exemple même d'un système social basé sur l'inégalité : ils sont mieux payés que dans le privé, travaillent moins, sont plus souvent malades ou absents, bénéficient de plus d'avantages et de privilèges, partent à la retraite plus tôt avec de meilleures pensions et, surtout, détiennent durant toute leur vie professionnelle un véritable trésor, la sécurité et la garantie de l'emploi. La vraie inégalité sociale en France n'est pas entre les riches et les pauvres ou entre les hommes et les femmes, mais bien entre les fonctionnaires et les non-fonctionnaires.
Geler le point d'indice - qui permet des augmentations générales - aurait pour conséquence, nous dit-on à Bercy, une baisse de leur pouvoir d'achat. C'est un gros mensonge. Les salaires de tous les fonctionnaires sont indexés depuis très longtemps sur l'inflation, ce qui n'est pas le cas, bien entendu, dans le privé. Et quand bien même certains fonctionnaires constateraient à la marge une légère baisse de leurs revenus, faudrait-il leur rappeler les baisses massives de revenus dans le camp d'en face où il y a 5,3 millions de sans-emploi dans les catégories A, B et C, territoires d'outre-mer inclus, soit près du quart de la population active, si on diminue cette dernière de ses fonctionnaires ? Le chiffre officiel du chômage à 10,9 % ne concerne que la catégorie A et ce pourcentage est établi sur une population incluant les fonctionnaires, lesquels n'ont pas la moindre possibilité d'être au chômage. Ils ne cotisent pas aux Assedic et ce mot ne fait pas partie de leur vocabulaire. Ont-ils même une idée de la perte de pouvoir d'achat que doit supporter un salarié du privé qui devient chômeur ? Mme Lebranchu a-t-elle fait réaliser une étude à ce sujet ? Est-elle consciente du problème ou, du haut de sa tour d'ivoire, fait-elle semblant d'ignorer les malheurs du bas peuple qui se bat pour exister en dehors des douves du château dans lequel se protègent ses favoris de la fonction publique ?
Peut-elle imaginer à quoi peuvent bien penser ces chômeurs du privé, effarés et incrédules, qui voient autour d'eux des syndicats de fonctionnaires réclamer à cor et à cri des avantages supplémentaires pour cause de "pénibilité" et de "précarité" et nous demander de plaindre notre "pauvre" postier sur son vélo quand il pleut ou le cantonnier de notre village qui n'est que "contractuel" quand il voudrait être "statutaire"...
À propos, ces deux nouvelles sucreries pour les smicards de l'administration ont un coût estimé à un milliard d'euros par an. Faut-il croire à ce chiffre ? C'est certainement beaucoup plus, Bercy ayant pour habitude de nous raconter des sornettes. Passons... Marylise Lebranchu, qui est de culture marxiste, n'est pas à un milliard près et, de toute façon, elle ne s'occupe pas du privé. Seulement du public. Elle est aussi ministre de la "Réforme de l'État", mais elle ne peut pas tout faire en même temps, augmenter les fonctionnaires et réformer l'État.
Membre du gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin qui avait refusé de reconnaître son trotskisme, elle fut secrétaire d'État aux PME (sic), au Commerce et à l'Artisanat avant de devenir ministre de la Justice et, à ce titre, de gérer l'affaire Outreau de sinistre mémoire. Elle est très copine avec Martine Aubry, "la Dame des 35 heures", et, à peine arrivée au gouvernement de Jean-Marc Ayrault, elle s'était empressée de supprimer ce fameux jour de carence pour les fonctionnaires qui avait été institué par François Fillon en 2011, ce jour d'absence "pour maladie ordinaire" non payé, alors que dans le privé, les salariés en ont trois à supporter. Madame Lebranchu avait jugé cette mesure de Fillon "injuste, inutile et inefficace", alors même que, selon l'assureur Sofaxis qui est spécialisé dans l'indemnisation des arrêts maladie, ces arrêts d'une journée avaient diminué de 43 % dans les collectivités en 2012 et de 40 % dans les hôpitaux. Les arrêts de deux jours avaient également baissé la même année de 18 % dans la territoriale et de 31,8 % dans l'hospitalière.
Autre mesure à sens unique et à contresens, la suppression de la prime au mérite individuel que Nicolas Sarkozy avait mise au point en 2009, malgré l'opposition des syndicats. Notre ministre de la Fonction publique l'avait jugée comme "le symbole de la performance individuelle et de la concurrence entre les fonctionnaires" et s'était juré dès janvier 2013 de l'abroger au plus vite. C'est fait. Le décret vient de paraître au Journal officiel.
Cette Lebranchu est incroyablement sectaire et bornée. Souhaitant aider Manuel Valls à trouver une solution, nous avons une idée "efficace" à lui proposer : pourquoi ne pas débrancher Lebranchu ? Ce ne serait ni "injuste" ni "inutile"...