Une des innombrables conséquences de l’affaire Julie Gayet ? Avoir montré les défaillances en matière de sécurité du Président. Le paparazzi par lequel le scandale est arrivé est formel : « Le Président est mal protégé. », « il n’y avait quasiment pas de sécurité autour du Président », « j’aurais pu attenter à sa vie ». Et le monsieur s’y connaît : il est également l’auteur, en 1994, des premières photos de Mazarine publiées par Paris Match ; un travail qui, dit-il, lui avait donné autrement plus de fil à retordre.
Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, tout en démentant, se défausse prudemment : « Le Groupe de sécurité de la présidence de la République est autonome. Je n’ai pas à être au courant des déplacements du Président. S’il décide d’aller dans un endroit, c’est de sa responsabilité. » Autrement dit, si légèreté a été commise, elle est du seul fait du Président.
François Hollande s’est donc mis en danger comme, semble-t-il, aucun de ses prédécesseurs ne l’avait fait avant lui.
Tout cela, après tout, ne nous concernerait pas — François Hollande étant un grand garçon de 59 ans — s’il n’était, cela lui est sans doute sorti de l’esprit, président de la République. Et l’on en vient à partager l’avis de Jean-Luc Mélenchon : François Hollande n’est pas « habité par la fonction ». Non, la fonction ne l’habite pas, et il n’habite pas la fonction. Il y séjourne parfois, comme dans une location saisonnière, et puis il rend les clés. Parce que c’est trop lourd à porter. Il disait vouloir être un « président normal ». Mais un « président normal » n’est pas un « homme normal ». Il renonce en acceptant la charge — grandeur et servitude — à un mode de vie ordinaire. Il s’entoure de précautions, de garanties, de gardes du corps. Non pour lui-même, bien sûr, mais par respect pour ce qu’il représente, et donc pour la France.
« Ma personne n’est rien, mon principe est tout », disait le comte de Chambord, petit-fils de Charles X, quand il aspirait à monter sur le trône de France. Pour Hollande, c’est tout le contraire : son principe n’est rien, sa personne est tout. « Je ne suis pas un héros », se plaint-il comme Daniel Balavoine. Non mais laissez-le vivre, lâchez-le un peu ! S’il a cette fille dans la peau, il a quand même le droit d’aller la voir, non, sans un aréopage de baby-sitters ? Il est majeur et vacciné, et puis marre. Sauf que Daniel Balavoine, évidemment, n’avait pas les codes nucléaires. Pourvu que Hollande — ce que l’on peut être tête en l’air quand on est amoureux ! — ne se soit pas servi du petit papier comme pense-bête pour les croissants. Pourvu qu’il n’ait pas oublié la mallette noire comme une vulgaire pizza dans le coffre du scooter ou que, l’ayant confondue avec la trousse à maquillage de Julie, il ne l’ait pas laissée dans l’appart’, à la merci du premier mafioso corse venu.
Alors oui, Hollande a été léger. Léger mais, voyez-vous, pas vraiment coupable. Car derrière le « Gayetgate » – on vient de l’apprendre dans la presse –, il y aurait un complot. Comme du temps de Nafissatou planerait l’ombre de Sarkozy. Machiavélique personnage sans lequel les socialistes seraient, bien sûr, aussi chastes que des moines bénédictins… Bon. Si Hollande refuse d’habiter la fonction, il y en a au moins un qui est prêt à reprendre le bail.