Il ne fallait pas se tromper de meeting. Ceux qui pensent que le passé compte plus que l’avenir se devaient d’être à Vincennes. Ceux qui jugent qu’à trop regarder derrière soi on s’égare étaient à la Concorde. Car c’est bien deux visions du monde qui s’affrontaient hier à Paris, à quelques kilomètres de distance. La première, et la plus confortable, c’est François Hollande qui l’a défendue. Puisqu’il a décidé de ressembler à François Mitterrand, dans les gestes et dans le ton, il invite mécaniquement les Français à remonter le cours du temps. Rien, ou peu de chose, ne doit changer. La grande compétition mondiale ? C’est comme si elle n’existait pas. L’immense remise en question à laquelle la France est contrainte ? On verra demain. Les pays européens qui s’astreignent à une rigueur jamais vue ? Ils se trompent. Bref, le pays en a vu d’autres et une rose au poing suffira à relever les défis. Dans le bois de Vincennes, il y avait hier quelque chose d’émollient, et comme un reposant déni de réalité. Le rôle de Nicolas Sarkozy, le plus difficile, revenait à mettre en garde contre toutes ces chimères. Il sait mieux que personne que la mondialisation galopante bouleverse tout et que la France ne peut assister au spectacle les bras croisés. Son principal mérite, au cours de cette campagne, aura été de ne pas déguiser la réalité aux Français. La France a changé depuis cinq ans et le grand mouvement de l’histoire l’oblige à changer encore. Elle ne peut s’arrêter là, et encore moins se risquer à un retour en arrière. La préservation de son modèle social passe par une révision générale de la compétitivité du pays, soumise, quoi qu’on en pense, à une frénétique concurrence. François Hollande en a sans doute conscience mais il lui est interdit de l’avouer puisque Jean-luc Mélenchon, son allié primordial, agite des drapeaux rouges et nous rejoue la Révolution de 17. Les Français ont encore une semaine pour se faire une idée. Ils peuvent choisir d’affronter le monde tel qu’il est devenu ou revenir à un monde qui n’existe plus.
L’ÉDITORIAL DE PAUL-HENRI DU LIMBERT