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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 22:53

La chronique de Natacha Polony.

Le Figaro 

L'horreur de l'accident de Brétigny n'avait pas encore fini d'ébranler le pays que déjà se faisaient jour d'autres dimensions de cet épouvantable drame. Les questions autour de l'enquête, qui se traduisent par les titres des journaux: «Le doute» en une du Journal du dimanche. Doute terrible. Doute autour du caractère volontaire ou non de l'accident, doute autour de la possibilité pour une pièce de dix kilos de se déplacer au cœur d'un système d'aiguillage. Des questions, mais aussi des rumeurs, des interrogations, des faits et leur extrapolation.

Avant les affirmations du Point, seuls quelques entrefilets dans les journaux ont fait état du «caillassage» des premiers secours arrivés sur les lieux. Des policiers et des pompiers pris à partie par des jeunes gens qui ne pouvaient ignorer la gravité de ce qui venait de se passer. Le phénomène n'a été pourtant ni confirmé ni commenté par les autorités. Pire, une fonctionnaire de police du syndicat Alliance raconte comment des victimes de l'accident, des gens qui étaient présents sur le quai ou dans les wagons accidentés, ont été détroussées par des délinquants qui prétextaient de leur porter secours. Pourtant, pas un mot, pas un commentaire de plus, pas un rapport pour établir les faits. Certains membres de syndicats de police réclament que l'on s'intéresse aux caméras vidéo de la gare, mais rien, à part un démenti officiel non étayé.

Étrange et pour le moins malheureuse discrétion du ministère de l'Intérieur. Car si ces faits étaient avérés, ils constitueraient non pas un simple épiphénomène, un malheureux incident à évacuer au plus vite, mais la révélation d'un état de décrépitude morale qui horrifie à juste titre les Français. Alors quoi? Nous en serions revenus aux détrousseurs de morts des guerres napoléoniennes, à ces paysans miséreux qui achevaient les blessés sur les champs de bataille pour leur voler leurs maigres biens? On entend d'ici les nobles préventions des adeptes du black-out: il ne faut pas jeter d'huile sur le feu, ni «dresser les Français les uns contre les autres», ni «stigmatiser»… Le plus dangereux, une fois encore, ne serait pas les faits mais les pensées et les mots. Le plus dangereux, ce serait la réprobation morale de ceux qui respectent la loi et entendent maintenir dans leur société des mœurs civilisées.Il y a bien plus grave. Le silence des médias et l'omerta du ministère de l'Intérieur nourrissent les pires fantasmes. Partout dans le pays, dans les discussions entre simples gens, sur les forums d'Internet, des hypothèses hasardeuses se font jour. Les jeunes délinquants auraient eux-mêmes placé l'éclisse au cœur de l'aiguillage pour faire dérailler le train et dépouiller les voyageurs. Rumeur pour l'instant infondée, aberrante, et qui rebute la raison. Nous n'aurions plus affaire à des détrousseurs mais à des naufrageurs, comme sur les côtes les plus reculées, dans des temps frustes et obscurs. À la négation même de la civilisation, qui repose sur l'empathie et le respect de la vie humaine.

Qu'un nombre croissant de gens puissent croire en ce retour des naufrageurs nous en dit beaucoup sur l'image qu'ils ont de la société française. Ces gens ont en mémoire les récents épisodes d'attaque de trains, cette ambiance de western qui ravage le lien social. Ils ont en tête le sentiment d'impunité de leurs auteurs. Et leur impunité réelle, puisque les peines prononcées leur ont semblé bien légères pour des faits à ce point symboliques. Les Français furent si frappés par ces événements qu'ils considèrent à présent que tout est possible, qu'ils vivent dans un pays où certains sont sans foi ni loi. Ces rumeurs ne sont pas le fait de gens craintifs ou haineux. Elles traduisent la colère, le dégoût et la défiance.

Mais Manuel Valls préfère, au lendemain des événements, expliquer qu'il n'a «pas le sentiment qu'il s'agisse d'un acte de malveillance». Étonnante formulation. Demande-t-on au ministre de l'Intérieur d'avoir des «sentiments»? Même ses intimes convictions ne nous intéressent pas. Ce que le ministre de l'Intérieur doit aux Français, c'est la vérité des faits, dans son horreur et dans sa crudité. C'est une enquête précise, et un récit exact des événements. Seul le silence et la dissimulation attisent les haines.

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Published by voxpop - dans La France en résistance

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