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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 17:33

 

Le Point.fr - Publié le 25/03/2014 à 17:15

Coup dur pour Hollande : la CFE-CGC retire sa signature du pacte de responsabilité pour dénoncer la convention d'assurance chômage ! Interview.

Carole Couvert renverse la table en retirant sa signature du pacte de responsabilité. Au risque de fragiliser un peu plus la politique économique de François Hollande.

Par

 

 

 

 

Après avoir signé le relevé de conclusions du

pacte de responsabilité, la présidente de la CFE-CGC a annoncé lundi matin que le syndicat des cadres retirait sa signature, fragilisant un peu plus la mesure-phare de François Hollande. Carole Couvert explique son revirement par l'issue de la négociation sur l'assurance chômage, qu'elle juge défavorable aux "classes moyennes". Interview.

Le Point.fr : Pourquoi risquer de faire dérailler le pacte de responsabilité à cause du résultat de la négociation interprofessionnelle sur l'assurance chômage ?

Carole Couvert : Ce n'est pas risquer de faire dérailler le pacte de responsabilité. À ce stade, ce pacte est un simple relevé de conclusions entre le patronat et les salariés. On s'est battu depuis le début pour qu'il y ait un volet pouvoir d'achat des classes moyennes dans ce pacte. Et nous avons toujours dit que nous ne signerions pas un chèque en blanc. Encore moins un chèque qui serait là pour améliorer les marges et augmenter les dividendes sans qu'il y ait une logique de partage et de gagnant-gagnant entre les salariés et les entreprises. Nous avons aussi prévenu que nous serions vigilants et exigeants à chacune des étapes de mise en place du dispositif. Or, nous avons retrouvé les mêmes protagonistes, le Medef, la CGPME et l'UPA, une semaine après le relevé de conclusions et nous avons constaté, à regret, que le projet d'accord sur l'assurance chômage se faisait au détriment des salariés de l'encadrement, au lieu d'être dans cette démarche de confiance et d'efforts partagés. À la CFE-CGC, nous n'avons pas l'habitude de défiler dans la rue. Il est exceptionnel qu'on ne signe pas un accord et encore plus qu'on décide de retirer notre signature. Cela ne s'est même jamais vu. Notre geste est un avertissement fort et solennel que le gouvernement et le patronat doivent entendre.

N'êtes-vous pas dans une logique corporatiste plutôt que dans la défense de l'intérêt général sur l'assurance chômage ?

Nous avions proposé d'augmenter le plafond de cotisations salariales (prélevées sur les salaires les plus élevés, NDLR) en échange d'une augmentation du plafond d'indemnisation, ce qui montre bien que nous ne sommes pas dans une logique corporatiste, mais bien de défense de l'intérêt général. Cette proposition a été balayée par le patronat. Nous avions aussi fait des propositions pour augmenter les rentrées financières du régime, notamment au travers d'une surcotisation employeurs sur les contrats à durée déterminée, car ce sont ceux qui coûtent le plus cher au régime, sans être écoutés.

En face, le plafond du délai de carence passe de 75 jours à 180 jours, ce qui va frapper de plein fouet les classes moyennes. Je dis bien les classes moyennes, et non pas les cadres dirigeants ! Les techniciens, cadres et autres ingénieurs sont concernés. Voici un exemple : avec la nouvelle règle de calcul du délai de carence, un cadre payé 4 138 euros brut qui partira en échange d'une indemnité supra-légale de quatre mois de salaire (16 552 euros brut) de la part de son entreprise dans le cadre d'une rupture conventionnelle ne percevra plus aucune indemnité de l'assurance chômage pendant six mois ! Cela pose un problème puisque l'indemnité supra-légale est faite pour réparer un préjudice...

Oui, mais certains salariés et entreprises profitent du dispositif de rupture conventionnelle pour déguiser des départs à la retraite anticipés...

Nous craignons que les entreprises, de manière générale, délaissent la rupture conventionnelle, parce qu'elle ne sera plus intéressante financièrement. Certains employeurs risquent de monter de toutes pièces des dossiers de licenciement, notamment pour faute grave. Ce qui ferait basculer des salariés dans le régime d'assurance chômage sans indemnité légale. On risque de transformer beaucoup de ces cas en contentieux devant les prud'hommes.

Ne craigniez-vous pas de mettre à mal la politique économique du gouvernement en retirant votre signature du pacte ?

Ce que nous avions signé, c'était un contrat de confiance entre employeurs et salariés. La confiance est rompue. On voit bien que la logique du patronat est d'avoir le beurre avec l'allègement des charges, l'argent du beurre sur l'assurance chômage, et maintenant certainement la crémière ! Ce n'est pas acceptable que seuls les salariés fassent les frais des négociations. J'invite tous les salariés de l'encadrement à mesurer ce qui va se passer dans les mois qui viennent. On va paupériser un peu plus les classes moyennes, ce qui va fragiliser la consommation, et risquer la récession. J'ajoute que les salariés doivent être indemnisés en fonction de leur salaire, et non en fonction d'un plafond de l'assurance chômage ! Avec ce qui entre en vigueur, des salariés de l'encadrement vont se retrouver en situation de surendettement en cas d'accident de parcours.

Souhaitez-vous toujours participer à l'observatoire des contreparties du pacte de responsabilité ?

À partir du moment où nous ne sommes pas signataires du relevé de conclusions, cela me paraît délicat. En revanche, nous ne changeons pas de posture : nous allons participer dans toutes les branches professionnelles à l'ouverture des négociations, toujours dans la logique gagnant-gagnant. Nous en appelons directement au gouvernement et au président de la République pour qu'il entende le mécontentement des classes moyennes. Depuis des mois, nous tirons la sonnette d'alarme sur le ras-le-bol fiscal. L'exécutif a pris des mesures pour la compétitivité des entreprises, et c'est bien, mais il faut un vrai signal rapide et fort pour les classes moyennes. Cela passe soit par une baisse de la fiscalité des ménages, soit par une mise en place d'une fiscalité incitative sur la participation, l'intéressement et l'actionnariat salarié grâce à un retour du forfait social à 8 %.

 

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Published by voxpop - dans La France en résistance

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